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Rions un peu et parlons politique. Car quoi de plus drôle, de plus comique et de plus pathétique que la politique telle que nous pouvons la voir et vivre en France ? Il suffit d’assister à un débat télévisuel pour s’apercevoir qu’on y ressasse les mêmes chiffres, les mêmes poncifs et les mêmes sujets pour toujours aboutir à ce même immobilisme désespérant. Il suffit de lire ces programmes politiques qui multiplient les grandiloquences et autres principes pompeux, ces programmes qui promettent tous la réalisation imminente de l’ « égalité » et de la « justice » [1]. Il suffit de s’apercevoir qu’on ne peut trouver une présidence qui n’ait pas trahi ses promesses électorales, accumulé les scandales et menti honteusement aux Français durant tout son mandat. Il suffit de comprendre que tous ces bonimenteurs donnent l’illusion d’un débat politique tout en s’assurant que les véritables questions, sur lesquelles aucun parti n’est en désaccord, ne puissent être posées. Un spectacle bien rôdé.
Un régime de type totalitaire se caractérise, entre autres choses, pour son parti unique et l’obligation impérieuse d’adhérer à ses principes. Un régime de type démocratique se caractérise quant à lui par son « pluralisme » politique, c’est-à-dire la diversité des opinions politiques représentées et organisées en parti dans le débat public. Cette description théorique s’effondre pourtant dès lors qu’on le confronte au principe de réalité, car dans les faits, la démocratie est un régime bipartite. Il est en effet rigoureusement impossible pour un parti d’extrême, de droite comme de gauche, d’accéder au pouvoir par les voies démocratiques. Quand bien même aurait-il accompli l’exploit d’accéder au second tour, il échouerait nécessairement [2]. Remarquez que cette analyse n’est pas un jugement de valeur : on peut considérer ce constat comme une bénédiction, mais encore faut-il ne pas faire l’éloge du « pluralisme » merveilleux du politique, car le bipartisme ne permet l’avènement d’aucune rupture, d’aucun changement réel. L’alternance unique est la condition même du développement de la finance internationale et du capitalisme mondialisé [3]. C’est dire que le peuple n’est plus souverain dans nos démocraties : aucune décision importante ne lui est jamais confiée [4] et de toute façon son choix est toujours révisé par l’oligarchie [5].
La politique française semble de moins en moins souveraine. A droite comme à gauche, on retrouve exactement les mêmes engagements, les mêmes points de convergences. Tous font allégeance à l’Europe [6], à l’OTAN, au mondialisme. Tous sont les défenseurs acharnés de la laïcité et les infatigables contempteurs de l’islam et du catholicisme intègre. Toute la classe politique française vient prendre des leçons chez des instances communautaires, violant en cela les principes mêmes de la République française [7]. Enfin, tous sont les promoteurs secrets du libéralisme, qu’il soit économique ou politique. Le conservatisme de droite est un mensonge, tout comme le protectionnisme de gauche est un leurre [8] : l’un comme l’autre sont les agents de la finance internationale [9]. La gauche, une fois au pouvoir, finit toujours par se rallier à l’économie de marché, tandis que la droite, par démagogie le plus souvent, se résigne souvent à faire voter les lois indispensables à « l’évolution des mœurs [10] ». Et si un parti propose la rupture idéologique et désir sortir de cette tyrannie de la majorité [11], l’anathème est jeté sur lui, et ses possibilités d’accéder au pouvoir sont réduites à néant. On ne peut sortir de cette majorité sans se brûler, si bien qu’on en vient à se demander si la politique française ne serait pas une grande parodie, une caricature de pouvoir.
Dans ce grand spectacle, il ne se trouve aucun parti politique français pour se dire « catholique [12] » ni défendre les cinq « points non-négociables » défendus par le Saint-Père et qui, comme leur nom l’indique, ne peuvent faire l’objet d’un compromis [13]. Même si nous souffrions tout de même la compromission [14], les catholiques de France se trouvent donc dans une situation impossible. Soit ils votent pour un des partis en lice pour le pouvoir et s’opposent alors à l’enseignement de l’Eglise, contreviennent à la Foi et perdent leur intégrité. Soit ils votent « blanc » pour faire tout de même preuve de citoyenneté et leur vote n’est pas comptabilisé. Soit ils ne votent pas et les Français le feront pour eux en élisant un parti de la majorité gauche-droite (cf. première partie) qui fera passer des lois contraires à la doctrine catholique. Dans tous les cas, les catholiques seront, comme toujours, les grands perdants. Et la carte d’électeur devient moins utile qu’une carte de bibliothèque. C’est ce constat accablant qui nous fait dire que le vote catholique n’existe pas : comprenons-nous bien, il n’y pas de vote catholique car il n’y a pas de politique catholique. Et que les bonnes consciences ne s’effraient point : la démobilisation des catholiques est déjà chose faite, puisque nous sommes depuis toujours atomisés en différentes organisations, incapables de nous fédérer et de créer l’alternative nécessaire à la politique désespérante de notre pays. Que ces mêmes bonnes consciences ne s’agacent point non plus : s’engager en politique produit le même résultat que l’immobilisme résigné. Quoi que nous fassions, la politique française est en chute libre et ne s’arrêtera que lorsqu’elle se sera écrasée. Nous ne pouvons qu’assister impuissamment à la « dé-catholisation » complète du droit et de la société et nous rappeler qu’aucune religion, et encore moins le Catholicisme, ne s’est répandue dans un pays par les urnes.
[1] A ce propos on serait curieux de connaitre le parti qui promettrait un peu plus d’iniquité et d’inégalité…
[2] Le surgissement soudain d’un système « orwellien » lors du second tour de 2002 en dit long sur cette impossibilité.
[3] C’est une des thèses brillamment soutenues par J.-C. Michéa dans L’empire du moindre mal.
[4] Comme l’explique merveilleusement bien le très-démocrate Cohn-Bendit : « la majorité n’a pas raison » (http://www.youtube.com/watch?v=dZoF__ZpR3g). Il faut croire que toute personne souhaitant que le peuple gouverne réellement n’est plus un démocrate mais seulement un populiste.
[5] L’affaire du Traité de Lisbonne est un exemple qui en dit long sur ce mépris pour le vote souverain des peuples.
[6] Les trois principaux partis européens votent la même chose dans 85% des cas. Au parlement européen, on trouve trois grands partis : le Parti populaire européen (droite - UMP), le Parti Socialiste Européen (PSE) et les libéraux. Selon le site VoteWatch.eu (http://www.votewatch.eu/), alimenté par des chercheurs de l’Université libre de Bruxelles et de la London School of Economics, ces trois principaux groupes parlementaires affichent un taux de cohésion interne supérieur à 85 % lors des votes. Droite et gauche votent donc souvent la même chose. (http://www.politique.net/2009052801-gauche-droite-au-parlement-europeen.htm)
[7] C’est ce qu’on a pu voir avec le dîner du CRIF du 8 février 2012 : le gouvernement au complet, des politiques de tout bord ainsi que de nombreux candidats y sont allés parader. On remarquera que sur les questions graves, les « oppositions » politiques ne semblent plus vraiment tenir (http://www.france24.com/fr/20120209-sarkozy-hollande-serrent-main-diner-crif-theatre-dechanges-cordiaux). On attend bien évidemment que le président de la République ainsi que son gouvernement viennent prendre des leçons au Conseil des Evêques de France.
[8] Le soutien de J. Attali (http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/02/21/97001-20120221FILWWW00258-jacques-attali-soutient-francois-hollande.php) et de dizaines d’économistes (http://www.lepoint.fr/politique/election-presidentielle-2012/les-economistes-se-mobilisent-pour-hollande-17-04-2012-1452415_324.php) à F. Hollande en dit long sur sa volonté de ne pas rompre avec la finance mondialiste.
[9] On trouve dans L’Idéologie allemande de Marx une description prophétique de cette division contemporaine du travail entre les fractions de gauche de la classe dominante (celles qui contrôlent les sphères « culturelles » du Capital) et ses fractions de droite (celles qui en contrôlent les sphères économiques). « Tous font partis de la même classe, même si cette scission peut même aboutir à une certaine opposition et à une certaine hostilité des deux parties en présence. Mais dès que survient un conflit pratique où la classe entière est menacée, cette opposition tombe d’elle-même, tandis que l’on voit s’envoler l’illusion que les idées dominantes ne seraient pas les idées de la classe dominante ».
[10] La plupart des « acquis sociaux » et lois libérales sur les mœurs ont été votés par des gouvernements de droite (Loi Neuwirth sous de Gaulle, Loi Veil sous Giscard d’Estaing, PACS sous Chirac etc.).
[11] « A mesure que les citoyens deviennent plus égaux et plus semblables, la disposition à en croire la masse augmente et c’est de plus en plus l’opinion qui mène le monde. Non seulement l’opinion commune est le seul guide qui reste à la raison individuelle chez les peuples démocratiques, mais elle a chez ces peuples une puissance infiniment plus grande que chez nul autre (…). La majorité se charge de fournir aux individus une foule d’opinions toutes faites et le soulage ainsi de l’obligation de s’en former qui leurs soient propres. (…) Quelles que soient les lois politiques qui régissent les hommes dans les siècles d’égalité, l’on peut prévoir que la foi dans l’opinion commune y deviendra une sorte de religion dont la majorité sera le prophète. » A. de Tocqueville, De la démocratie en Amérique.
[12] Je précise que le Parti Chrétien Démocrate n’est pas catholique, ni dans son nom, ni dans ses positions puisqu’il soutient l’UMP et a rejoint le Comité de liaison présidentiel.
[13] http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/speeches/2006/march/documents/hf_ben-xvi_spe_20060330_eu-parliamentarians_fr.html
[14] Et il faudrait alors avoir l’honnêteté de reconnaitre que, d’un point de vue strictement doctrinal, seule le Front National propose de ménager les points non-négociables, notamment en matière d’avortement. Mais c’est encore un compromis.
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