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Il est terrible de devoir faire les rappels subséquents devant nos frères et le monde, alors même que tout constat d’abus liturgique devrait d’abord être adressé à l’évêque diocésain, « en vérité et en charité » (Instruction Redemptionis Sacramentum, § 183-184), mais si des erreurs sont répandues publiquement, il faut y répondre publiquement. Puissent ces quelques remarques servir à ce que les uns et les autres apprécient mieux ce qui s’est passé invisiblement à Sainte-Rita, et ce qui n’a pu s’y passer : notre communion n’en sera que plus forte.
Si cet article s’insurge contre ceux qui veulent faire de Sainte-Rita une cause sacrée [1], au mépris de la prudence la plus élémentaire, il ne se reconnaît pas compétent pour juger de la sincérité de toutes les personnes impliquées dans un engagement dont il est raisonnable d’espérer qu’il sera en dernière instance profitable à l’Église et aux âmes, si tant est qu’il ne le soit pas déjà.
Sans dédicace, Sainte-Rita a beau avoir la forme et la destination d’une église, elle n’est pas une église. Et même si elle avait été consacrée avant son occupation gallicane, sa réduction de fait à l’état profane ne ferait aucun doute (can. 1212). L’abbé de Tanoüarn (membre de l’Institut du Bon-Pasteur, d’auguste mémoire et de droit pontifical) aura beau expliquer, comme sur Radio Courtoisie mercredi soir, que les cultes qui ont précédé le sien étaient en fait catholiques dissidents, ceux qui le dénoncent ne sont pas des « chochottes » : même si l’une des multiples ordinations épiscopales reçues par Mgr Philippe, « l’archevêque » gallican de Paris, avait fonctionné – ce que prétend l’abbé de Tanoüarn –, cela ne rendrait pas le lieu plus divin, et donc plus défendable pour autant, mais cela rendrait surtout les outrages gallicans plus certains, et les messes sans réparation préalable de l’abbé de Tanoüarn moins canoniques (can. 1211).
La protection de Sainte-Rita n’est donc en aucun cas une cause sacrée. Certes, on y a offert le Saint-Sacrifice, mais on l’a aussi fait dans des granges, des catacombes ou dans des bois – à la différence que ces lieux ne sont pas suspects d’avoir reçus des injures à réparer – sans que ces propriétés privées soient réputées autant de sanctuaires inviolables. Sainte-Rita n’est pas la « maison de Dieu ». Ce ne sont pas des scrupules rubricistes : on ne peut pas jouer impunément avec les mots de la dédicace, l’élever sans autorité au statut d’église, et refuser de s’embarrasser du droit canon en la matière. Le prêtre qui laisserait croire, à tort, que des mains ont été ointes, qu’une huile a été bénie ou qu’un morceau de pain a été consacré pour susciter la réaction des fidèles mériterait d’être appelé cataphrygien. Il en va de même pour une église. En cette matière, le refus de l’abbé de Tanoüarn de qualifier l’intrusion policière d’outrage est à mettre à son compte [3]. Et Dieu merci, ce pouvoir de consécration d’église, qui peut obliger un catholique jusqu’à la mort pour ce lieu terrible qui est la porte du ciel, n’est pas à la portée de n’importe quel rhéteur : il relève seulement de l’évêque. Sainte-Rita n’est donc ni Notre-Dame de Paris, ni votre église paroissiale, ni Saint-Laurent de Milan [4] .
Si Sainte-Rita n’est pas la « maison de Dieu », si elle est au mieux une belle et juste ZÀD, qui ne se réjouirait pas cependant de voir ce lieu de tant de larmes converti ? L’abbé de Tanoüarn a-t-il raison de défendre ce bâtiment contre un promoteur immobilier, une association prétendument catholique, un projet de parking ? Peut-être, car il a quand même été élevé à la gloire de Dieu. Peut-être, en raison de la sincérité de ceux qui veulent défendre leur patrimoine, leur identité, et mieux encore, un lieu attesté de prières dans un quartier parisien. Peut-être, car la communauté paroissiale embryonnaire de Sainte-Rita tient cet acte pour prophétique. Encore que je ne suis pas certain que braver la loi et le droit de propriété sans grand espoir de succès ait fait beaucoup de saints par le passé. Mais peut-être cet espoir était-il en fait raisonnable [5] ?
En revanche, je suis certain qu’il n’est pas permis de commencer [6] une messe qui coure le risque d’être interrompue, surtout en « pleine consécration » [7]. N’ayant pas obtenu de réponse de l’abbé de Tanoüarn sur ce sujet précis, nous espérons de tout coeur que ladite interruption n’a pas eu lieu entre la consécration du pain et celle du vin, et nous rappelons, pour l’avenir, qu’aucun prêtre ne peut prendre le droit de suspendre le Christ à la croix pour rien, quand des milliers d’autres – sûrement des « chochottes légalistes » ou de « nouveaux experts en droit canon » – préféreraient souffrir mille morts plutôt qu’un seul de ces gravia delicta (De Defectibus X, 2 ; Instruction Redemptionis Sacramentum § 172) [8]. Puisqu’il avait été prévenu de ce péril, était-il besoin de dire trois messes coup sur coup [9] ? Toutefois, j’ai peine à croire que l’abbé de Tanoüarn, dont j’ai déjà pu apprécier la science et la dévotion, aurait délibérément exposé Jésus-Hostie aux outrages. En tout état de cause, aucun de ses détracteurs ne peut s’improviser for compétent, nul ne peut sonder les reins et les coeurs, et s’il affirme, en conscience, n’avoir pas voulu ce blasphème, il nous faut sauver sa proposition de prêtre, et constater seulement une grave imprudence, dont la publicité est d’abord imputable aux protecteurs de Sainte-Rita. La malheureuse publicité de cette imprudence impliquait, je crois, sa dénonciation, de crainte qu’elle ne se reproduise en d’autres lieux et d’autres temps.
Il se murmurait d’ailleurs depuis mercredi que les défenseurs de Sainte-Rita y reviendraient dimanche. Qui blâmera donc tous les catholiques qui, effrayés par l’éventualité d’une grave injure à l’égard du Saint-Sacrement (dans le cas où la messe aurait été célébrée dans des conditions similaires [10]), ont voulu mettre en garde leurs frères contre ce danger extrême – publiquement car les occupants de Sainte-Rita ne leur en ont pas laissé le choix ?
Fort heureusement, l’’abbé de Tanoüarn a réussi à obtenir de la Préfecture qu’une messe soit célébrée devant Sainte-Rita dimanche 7 août à 11h. Qu’il ait fait cette démarche prouve bien qu’il ne se satisfait pas de vivre hors-la-loi et, surtout, qu’il ne prend pas cette messe dominicale à la légère. Nos coeurs pourront donc trouver le repos, et ceux de Sainte-Rita, une nouvelle épectase !
[1] Il est d’ailleurs étonnant que des soldats de Dieu si aguerris aient l’air de penser qu’un round décisif du combat entre l’Église et la République se jouent à Sainte-Rita. Au demeurant, l’abbé de Tanoüarn ne donne pas du tout cette impression.
[2] Utiliser ce mot est déjà un signe de bienveillance. Il aurait fallu le justifier. D’aucuns employeraient les mots « prise » ou « récupération ».
[3] Si l’abbé de Tanoüarn avait prétendu qu’il y avait outrage dans l’intrusion policière, il aurait prétendu qu’il y avait quelque chose à outrer, c’est-à-dire que Sainte-Rita était consacrée.
[4] En l’occurrence, il aurait été impératif de protéger lesdites églises.
« Tradere basilicam non possum, sed pugnare non debeo. » (AMBROISE, lettre 20 à Marcelline, 22) (Je ne puis livrer la basilique, mais je ne dois pas combattre)
Pendant la semaine sainte 386 (il y a 1630 ans), Justine, la mère arienne de l’empereur, veut récupérer les basiliques (notamment la portiana et la noua) d’Ambroise, évêque de Milan. Voici quelques unes de ses réactions.
« C’est certes une grande magie que ce chant, le plus fort de tous ; car quoi de plus puissant que la confession de la Trinité, qui chaque jour est proclamée par la bouche de tout un peuple ? » (AMBROISE, Contre Auxence 34)
« Le temple de Dieu ne peut être livré par un évêque » (AMBROISE, lettre 20, 2)
« Ce qui appartient à Dieu, écrit-il exactement, ne saurait être soumis à l’autorité de l’empereur » (AMBROISE, lettre 20, 8)
« N’aggrave pas ta faute, empereur, en pensant que tu disposes de je ne sais quel droit impérial sur ce qui appartient à Dieu. Ne t’exalte pas, mais, si tu veux régner longtemps, sois soumis à Dieu. Il est écrit : "Rends à Dieu ce qui appartient à Dieu, et à César ce qui appartient à César". Les palais relèvent de l’empereur, les églises de l’évêque. » (AMBROISE, lettre 20, 19)
« Quand as-tu entendu, empereur très clément que, dans un procès qui concerne la foi, des laïcs aient jugé un évêque ?... Qui peut nier que dans une question de foi, je dis bien dans une question de foi, ce sont les évêques qui ont coutume de juger la conduite des empereurs chrétiens, et non les empereurs qui jugent les évêques ? » (AMBROISE, lettre 21 à Valentinien, 4)
« Il n’y avait pas longtemps qu’on avait adopté, dans l’Église de Milan, cette manière de se consoler et de s’encourager, où les frères avec enthousiasme chantaient ensemble dans l’union des voix et des cours. Il devait y avoir un an, pas beaucoup plus, que Justine, mère du jeune roi Valentinien, s’était mise à persécuter Ambroise, ton représentant, poussée par l’hérésie dans laquelle les Ariens l’avaient égarée. La nuit, le peuple fidèle montait la garde dans l’église, prêt à mourir avec son évêque, ton serviteur. Il y avait là ma mère, ta servante, qui se tenait la première à ce poste d’inquiétude et de veille, et vivait de prières. Nous-mêmes, âmes encore froides loin de la chaleur de ton Esprit, nous ressentions pourtant le trouble de la cité consternée. C’est à cette occasion qu’on se mit à chanter les hymnes et les psaumes selon la coutume des régions d’Orient, pour empêcher le peuple de sécher de tristesse et d’ennui institution qui, depuis lors jusqu’à ce jour, s’est maintenue et que déjà un grand nombre et presque la totalité de tes ouailles, même dans le reste du monde, ont imitée. » (AUGUSTIN, Les Confessions, livre IX, vii, 15) (Les hymnes ambrosiennes sont encore chantées aujourd’hui.)
[5] Sur BFM TV, l’abbé de Tanoüarn estime qu’il pourra trouver un moyen pour racheter Sainte-Rita, et qu’il n’y a aucune fatalité dans sa destruction.
[6] Ou même de la continuer si le prêtre comprend que l’interruption est imminente avant le canon.
[7] D’après les précisions mêmes du célébrant sur Radio Courtoisie mercredi soir, l’aspersion de gaz lacrymogènes aurait eu lieu en pleine consécration. Espérons que c’était seulement une formule rhétorique.
[8] Vous trouverez ici une liste des normes substantielles : http://www.vatican.va/resources/resources_norme_fr.html
[9] « Biner », c’est-à-dire dire célébrer deux fois la messe, sans raison valable dénote une incompréhension majeure ce qu’est le Saint-Sacrifice, et de sa place dans l’économie quotidienne du Salut. D’ailleurs, l’abbé de Tanoüarn n’a pas su justifier ce choix de manière convaincante : il est à tout le moins curieux de célébrer une messe pour rendre « hommage » à un bâtiment ou pour « élever une protestation spirituelle », et franchement bizarre de la répéter sous motif « qu’on ne sait pas prier autrement » (Libre-journal de Chrétienté du 4 août 2016, sur Radio Courtoisie).
[10] Elles n’auraient sûrement pu être qualifiées de telles qu’au dernier moment. Mais la prudence intimait assez certainement de se contenter de prier l’office des heures ou le chapelet.
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