L’infolettre du R&N revient bientôt dans vos électroboîtes.
La démocratie en Hollandie se porte décidément bien : après le mépris des 700 000 signatures de la pétition du CESE au sujet du mariage gay, le gouvernement s’en remet à l’avis d’un « panel citoyen » d’une… vingtaine de personnes, pour statuer sur la fin de vie. Et l’on apprend hier que ces citoyens ont publié un rapport qui préconise la légalisation du suicide assisté, ainsi que des « exceptions » d’euthanasie.
La situation serait ridicule, si l’avis de ce comité Théodule, sorti d’on ne sait où, n’était pas la partie émergente d’un iceberg bien réel, qui travaille à manipuler l’opinion publique sur cette grave et difficile question de la fin de vie.
Car, qu’on se le dise : l’euthanasie n’est pas le mariage gay. Nous étions l’an passé dans une lutte symbolique, une guerre de visions de la société. La fin de vie est un sujet autrement plus complexe, car il convoque la recherche de l’éthique, pour appréhender des réalités douloureuses, et des situations particulières.
Votre serviteur laisse les figures d’autorité, tant laïques que religieuses, fournir les arguments pour réfuter « l’évidence » que serait les légalisations de l’euthanasie et du suicide assisté. Citons ainsi, à titre d’exemple, Vianney Mourman, médecin responsable de l’équipe de soins palliatifs à l’hôpital Lariboisière, auteur d’une tribune tombée à pic dans Le Monde, intitulée Mais qui donnera la mort ?
Votre serviteur se concentrera ici sur les acteurs en présence qui instrumentalisent la fin de vie, et qui tentent d’imposer leur extrémisme au régime. Ils mentent aux Français : démasquons-les !
Dimanche 25 août 2013, se tenait à l’Université d’été du Parti socialiste de la Rochette un atelier intitulé : « La gauche et les évolutions de la société : nos prochains combats » [1]
Le héros de cet atelier (du reste, peu fréquenté par les militants) fut Jean-Luc Romero, conseiller régional d’Ile-de-France et président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). Très confiant, celui qui se présente comme le champion de la cause de l’euthanasie en France, prédisait une opposition beaucoup plus faible que sur le mariage gay : « On ne mettra pas 100 000 personnes dans la rue là-dessus, parce qu’il n’y a que 6 % de catholiques pratiquants en France , et que c’est une loi qui met au centre la décision de la personne ! » Il termina son intervention en affirmant que « notre loi légalisera à la fois l’euthanasie et le suicide assisté, comme dans le Benelux, où il n’y a aucune dérive » (ah bon ?).
Militant gay de la vieille génération, celle qui a connu le traumatisme du SIDA (il est lui-même séropositif), Jean-Luc Roméro a longtemps été assistant parlementaire d’élus RPR puis UMP. Il a d’ailleurs présidé l’Association française des collaborateurs parlementaires de 1988 à 1998. Homme de réseaux, il obtient en 2004 du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin que le SIDA soit déclarée grande cause nationale.
En 2007, il devient président de l’ADMD, et milite à la fois pour la cause gay (notamment au sein de l’UMP) et pour l’euthanasie. Cette association, crée en 1980, est affiliée à la World Federation of right to die societies, née la même année, et dont Jean-Luc Romero a été le directeur du bureau pendant plusieurs années.
En 2008, dans le cadre des élections municipales à Paris, il échoue à se positionner pour la primaire de l’UMP. Il quitte le parti en décembre 2009, et rejoint le Parti socialiste. Il est proche d’Anne Hidalgo, qui a été adoubée par Bertrand Delanoë pour la mairie de Paris en 2014. Celle-ci est entourée de militants LGBT, notamment l’avocate Caroline Mécary, et le maire du 4e arrondissement Christophe Girard.
En 2010, Jean-Luc Romero devient président du centre régional d’information et de prévention du SIDA d’Ile-de-France (CRIPS), association financée à hauteur de 5 millions d’euros par an par le Conseil régional : un poste rémunéré 2 500 euros par mois, et qui lui permet de pratiquer un népotisme éhonté.
Ainsi, il a nommé son compagnon (mari depuis septembre dernier) Christophe Michel, de trente ans son cadet, au conseil d’administration du CRIPS ; ce dernier étant déjà secrétaire général adjoint de l’ADMD, et salarié d’Élus contre le SIDA (ECLS), une autre structure présidée par Jean-Luc Romero ! Le trésorier du CRIPS, Philippe Lohéac, est également délégué général de l’ADMD. « On reste en famille », commente le Canard Enchaîné, qui a rapporté les dépenses excessives du chargé de mission Romero.
Jean-Luc Romero poursuit l’Église catholique de sa haine, en qui il voit l’ennemi principal de ses projets idéologiques. Il twitte régulièrement sur son compte personnel, et croise le fer de temps en temps avec votre gazette.
En juillet 2008, l’avocat Gilles Antonowicz, vice-président de l’ADMD, claque la porte. « Je ne veux plus cautionner le suicide assisté », se justifie-t-il, dénonçant « ces gens qui rêvent à cet [2] espèce de monde imaginaire, où, quand on serait vieux et un peu malade on irait chercher une pilule pour mourir tranquillement. » De fait, on entend aujourd’hui Jean-Luc Romero prôner le suicide assisté, hors de toute affection physique.
De fait, l’Association pour le droit à mourir dans la dignité est une vieille rescapée de la pensée pseudo-philosophique de « disposer de sa vie » comme on l’entend. Elle est une émanation du Grand Orient de France [3], dont un des dignitaires, le sénateur Henri Caillavet fut longtemps le président. De par ses liens maçonniques, l’ADMD a d’excellents rapports avec Jean-Luc Mélenchon (qui a inscrit dans son programme de 2012 la légalisation de l’euthanasie), ainsi qu’avec le sénateur socialiste Jean-Pierre Godefroy, qui milite également pour l’extension de la PMA.
Autre individu proche du dispositif maçonnique : Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, qui, en tant que député, avait proposé une loi dès décembre 2008 pour légaliser l’euthanasie. « C’est un nouveau droit de l’homme pour le XXIe siècle » commentait-il.
« Plus c’est gros, plus ça passe » : en prétendant compter 50 000 adhérents, en affirmant depuis 2010 que « 90 % » des Français sont favorables à l’euthanasie, en jouant sur la méconnaissance des soins palliatifs, l’ADMD ment aux Français et s’épanche dans des médias complices pour faire avancer ses pions.
Comme pour le mariage gay, François Hollande avait concédé une partie de son programme de 2012 à Jean-Luc Romero et ses sbires, à travers l’engagement 21 :
Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité.
Cette formule ambigüe, où l’on n’évoque pas clairement l’euthanasie, caractérise l’état d’esprit de François Hollande : celui-ci a été marqué par la mort de sa mère Nicole en 2009, décédée dans des conditions de souffrance, et dont il était très proche. S’il n’était guère passionné par la cause du mariage gay, son entourage au PS le disait très préoccupé par la question de l’euthanasie.
Pour autant, François Hollande a brouillé les pistes, en visitant en juillet 2012 une maison de soins palliatifs tenues par les Diaconesses protestantes, à Paris. La nomination de Didier Sicard, opposant à l’euthanasie, à la tête d’une commission sur le sujet, fut également un signe contraire à une direction pro-euthanasie.
J'appelle solennellement le président @fhollande a tenir son engagement 21 et a légaliser sans tarder #euthanasie et suicide assisté !
— Jean-Luc Romero (@JeanLucRomero) 16 Décembre 2013
Aujourd’hui, il semble que la pression sur le Président de la République soit forte pour qu’il n’ouvre ne serait-ce qu’une brèche en faveur du suicide assisté. Mais François Hollande a un problème : la Manif pour tous, et son réseau d’activistes tenaces et infatigables, est toujours là. Elle risque de lui compliquer la tâche, comme l’a reconnu le Huffington Post.
Parviendra-t-elle à le dissuader de s’engager plus loin dans le sens voulu par Jean-Luc Romero et l’ADMD ? Cela dépend beaucoup de nous…
[1] Pour les curieux, le contenu de cet atelier est disponible ici : http://www.parti-socialiste.fr/articles/la-gauche-et-les-evolutions-de-la-societe-nos-prochains-combats
[2] Il faudrait écrire « cette », et nous espérons que cet article amènera le Figaro à se corriger.
[3] En décembre 2012, le GODF a officiellement pris parti pour l’euthanasie, dans une déclaration qui se termine ainsi : "À la question « Est-ce que ma vie est digne d’être vécue ? », il n’y a que moi qui puisse répondre."
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