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Synode et affaire Burke : vigilance et Espérance

« Antipapisme » : le mot est lâché.
Depuis quelques jours, l’annonce du limogeage du Cardinal Burke et les déclarations du Cardinal Kasper à propos du Synode sur la Famille [NDLR : du 5 au 19 octobre à Rome] ont semé l’émoi chez de nombreux catholiques. La presse catholique anglo-saxonne a consacré de nombreux articles à cette « affaire Burke » et au prochain Synode.
Disons-le tout net : ces articles expriment une inquiétude profonde quant à une éventuelle adaptation de la doctrine familiale catholique à l’esprit du monde. Dans le même esprit, un contributeur du Rouge & le Noir a récemment exprimé dans nos colonnes un point de vue critique. Est-ce pour autant de l’ « antipapisme » ?

Nous sommes cette ardente jeunesse catholique, baptisée sous Saint Jean-Paul II. Nous sommes la génération qui a mûri sous Benoît XVI. La génération des JMJ de Cologne, Madrid – « la juventud del Papa » - puis Rio. La génération « Touche pas à mon pape », drapée dans les couleurs vaticanes face aux crachats des militants d’Act Up. La génération de l’apaisement du Motu Proprio, de l’enivrante fatigue du pèlerinage de Chartres, de l’engagement pour la famille et pour l’Eglise. Et après cela, nous serions accusés de mener un procès d’intention contre le Pape, voire soupçonnés d’antipapisme ?

L’inquiétude est, il est vrai, palpable. Le cardinal Kasper n’a pas hésité à tacler sévèrement les cardinaux réputés les plus « ratzingeriens » - les plus désireux de défendre la doctrine traditionnelle relative aux divorcés-remariés - en les accusant d’attaquer le Pape. [« targetting the pope », dans la langue de Shakespeare].
Les mots sont d’une violence inouïe.

Peut-on sérieusement considérer le cardinal Burke, nommé évêque sous Jean Paul II puis promu cardinal sous Benoît XVI, comme un factieux ? En outre, la probable « mise au placard » du cardinal Burke, infatigable défenseur de la Vie et de la Tradition nous laisse perplexes et inquiets.
Pis, le cardinal Kasper déclare : « Certains, au prochain Synode, veulent une guerre idéologique. La doctrine de l’Eglise est ouverte, mais ils veulent une vérité criStallisée. » Un prélat, tel un diplomate, pèse ses mots. Force est de constater que ceux-ci sont, hélas, fort lourds.

Cette accusation est grave. Elle est blessante, d’autant que le sujet est fondamental : l’accès à la Sainte Communion.
Que l’on ne s’étonne pas, ensuite, de lire des réactions énergiques émanant des fidèles.
N’y voyons pas un esprit de faction, mais bien l’expression d’une attention filiale portée à l’Eglise, à son chef, à son clergé, à son message, à sa Tradition, à son trésor doctrinal. C’est parce que nous aimons l’Eglise, notre Mère, que nous sommes inquiets et que certains d’entree-nous prennent la plume. Nous veillons sur notre Mère.

Sans doute faut-il préciser que cette inquiétude, exprimée dans nos colonnes comme ailleurs, n’est en aucun cas une remise en cause de l’obéissance due au Pape ; quant aux accusations de « modernisme » que certains dirigent contre lui, elles volent en éclat à la simple lecture de son premier sermon, agrémenté d’une citation de Léon Bloy !
Cette vigilance doit nécessairement s’accommoder du souci constant d’unité de l’Eglise – pas de déchirures dans la tunique du Christ ! – et être transformée par l’Espérance.

De même, nos yeux ne doivent pas voir uniquement les « mauvais signaux ». Après les déclarations du cardinal Kasper appellant à un « changement de paradigme », le cardinal Müller – préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, a, selon un article de La Vie , « fait entendre une voix plus cinglante en déclarant «  lamentable  » le manque généralisé de connaissance des catholiques sur la doctrine de l’Eglise et en affirmant que ce n’est pas parce que les gens ne comprenaient pas la parole de Jésus que cela signifiait qu’elle puisse ou doive être changée. »
Le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi a également affirmé : « L’indissolubilité du mariage ne dépend pas des sentiments humains, permanents ou transitoires. Cette propriété du mariage est voulue par Dieu lui-même. Le Seigneur s’est impliqué dans le mariage entre l’homme et la femme, c’est pour cela que le lien existe et qu’il a son origine en Dieu. ». Les influents cardinaux Pell et Ouellet, de leur côté, ont également publié un livre réaffirmant l’interdiction de la communion aux divorcés-remariés.

Surtout, il nous faut prier. Pour notre Pape d’abord, chef de l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique, actuellement en voyage en Albanie, et récemment menacé par des terroristes islamistes. Pour nos cardinaux et nos évêques, aussi, à l’aube d’un Synode aux enjeux considérables. Pour l’unité de l’Eglise, également.
Prions pour que la doctrine de l’Eglise demeure fidèle à la Vérité éternelle et puisse évangéliser le monde pour la gloire de Dieu, sans que le monde ne change cette institution divine et pourtant si humaine.
L’Espérance et la confiance doivent gonfler nos cœurs, lorsque nos oreilles se tendent vers la parole du Sauveur : « Tu es Petrus, et super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam, et portae inferi non praevalebunt adversus eam. Et tibi dabo claves Regni coelorum. Quodcumque ligaveris super terram, erit ligatum et in coelis. Et quodcumque solveris super terram erit solutum et in coelis ».
«  Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clés du Royaume des Cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié » (Matthieu, 16 :18).

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