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Quoi de plus intolérant que la tolérance ?

15 mars 2012 Benjamin

Que n’interdit-on pas au nom de la tolérance ? De nos jours, il suffit que l’on dise que les propos de quelqu’un sont intolérants pour que celui-ci soit décrédibilisé. La tolérance est-elle donc à ce point importante pour qu’on ne tolère pas ceux qui semblent la bafouer ? Le paradoxe n’est pas loin…

Mais qu’en est-il vraiment ? La question n’est pas de savoir jusqu’où la tolérance doit aller, mais bien ce qu’elle est, que l’on a peut-être oublié.

Tolérer, c’est respecter ce que l’autre dit, c’est le respecter s’il est différent. Enfin, c’est accepter de dire que l’autre a peut-être raison même s’il ne pense pas comme moi. Bref, tolérer, c’est dire que l’autre aussi a raison, sans pour autant que j’aie tord. Cette définition est bien celle que l’on donnerait aujourd’hui. Ainsi quelqu’un qui refuserait d’admettre que ce que dit un autre est envisageable, celui-ci ne mérite pas même d’être écouté. En effet, il ne faut pas tolérer l’intolérable, et l’intolérance l’est justement. La tolérance est donc une valeur qu’il faut défendre, et à tout prix, à ce qu’il semble, puisque celui qui n’est pas tolérant est obscurantiste, et même violent. Celui qui refuse ainsi le dialogue, eh bien qu’il le refuse complètement, et qu’il se taise !

C’est bizarre… J’ai l’impression de devenir intolérant. Certes, il ne faut pas tolérer l’intolérance, mais alors suis-je encore tolérant ? Nous avons vu que tolérer, c’est accepter ce que dit l’autre, comme aussi valable que ce que je dis. Pourquoi l’intolérance serait à partir de là plus mal qu’autre chose ? La tolérance telle qu’on vient de la définir est un relativisme, et donc elle se détruit elle-même. Et plutôt que de permettre le dialogue, elle le rend impossible. Chacun peut penser qu’il a raison sans embêter son voisin qui possède une autre « vérité ». Et à quoi bon faire un dialogue de sourds ?

Cependant, il y a bien au moins des semblants de débats aujourd’hui, dans lesquels on prône ce genre de tolérance, ou devrais-je dire, d’intolérance. Comment nos contemporains parviennent-ils à concilier ces deux éléments ? C’est finalement assez simple. En effet, puisque la tolérance relativiste n’est pas tenable jusqu’au bout, il faut poser des limites à ce relativisme. Et si l’on reste dans ces limites, on est tolérant et tolérable. Mais comment fixer de telles limites ? Naturellement, c’est l’opinion commune de notre époque qui fait office de référentiel. C’est-à-dire que les idées véhiculées par les journalistes car ceux qui les crient font plus de bruit et ce sont donc celles qu’il faut accepter. Et si on s’en écarte trop, on est intolérant. C’est aussi simple que ça. Si on va à contre-courant, si on est conservateur, réactionnaire, bref si on n’est pas progressiste, on est immédiatement dénoncé comme quelqu’un d’intolérant, et fermé aux idées nouvelles.

La tolérance est donc le masque derrière lequel se cachent aujourd’hui tout ceux qui ne veulent même pas entendre parler d’opinions différentes de la leur. C’est donc devenu le nom que l’on donne à l’intolérance la plus extrême.

L’intolérance à l’extrême : les guerres de religion.

Y a-t-il une solution ? J’ose espérer qu’en revenant à ce qu’est véritablement la tolérance, on pourra justifier l’emploi du qualificatif d’intolérant utilisé ci-dessus. Tolerare, en latin, signifie supporter. Si on tolère, on reconnaît donc que l’autre a tord, mais accepte de dialoguer avec lui pour l’amener à la vérité. La tolérance est donc active, et elle encourage, et même rend nécessaire le débat. La tolérance a en effet pris tout son sens dans les guerres de religion, car elle était le moyen de chercher la conversion des hérétiques, plutôt que leur mort. Aujourd’hui, il s’agira de tolérer, c’est-à-dire d’écouter et de comprendre les opinions de ceux qui ne sont pas de notre avis, non pas dans une perspective relativiste, mais afin de parvenir à la vérité ensemble. Il faut montrer à l’autre en quoi il se trompe, mais sans oublier que moi aussi je dois peut-être perfectionner ma pensée.

Il convient donc de tolérer le comportement de ceux qui sont intolérants au nom de la tolérance, afin de débattre avec eux et leur montrer leur tord. Mais écouterons-ils seulement ? Nous avons en effet vu que celui qui est intolérant refuse le dialogue. Dès lors, on ne peut plus le tolérer.

Il ne nous reste plus qu’à montrer l’exemple et à rechercher le dialogue sérieux, plutôt qu’une polémique stérile.

15 mars 2012 Benjamin

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