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R&N : Vous êtes co-présidente, avec Claude Goasguen, du groupe d’étude sur les Chrétiens d’Orient à l’Assemblée Nationale. Quels en sont les actuels sujets d’étude ? Quel bilan de son action faites-vous après bientôt deux ans d’existence ?
Véronique Besse : L’objectif de notre groupe d’étude est triple : s’informer, informer les députés sur le sort des Chrétiens d’Orient et enfin proposer de nouvelles pistes de travail au gouvernement dans ce domaine, au carrefour de la stratégie politique de la France à l’international, des rapports de force diplomatiques et de l’aide humanitaire. Nous avons rempli plusieurs de ces objectifs en recevant un certain nombre de personnalités : des responsables religieux, des ambassadeurs, des responsables d’ONG, etc. Tous délivrent le même message : aidez les Chrétiens d’Orient à rester chez eux et faites connaitre leur cause. C’est ce que nous faisons !
C’est d’ailleurs, dans ce cadre, qu’à l’automne dernier, je me suis rendue en Syrie, avec Jean-Frédéric Poisson et Xavier Breton. A cette époque, le chemin de Damas était moins fréquenté qu’aujourd’hui (rires). En Syrie, j’ai pu constater la détresse du peuple syrien, mais aussi sa farouche volonté de rester libre et debout. J’ai constaté également combien les Syriens aimaient la France, malgré les trahisons de notre gouvernement. Là-bas, j’ai donc été très heureuse de montrer un autre visage de mon pays. Celui, je l’espère, d’une France indépendante et fidèle à ses amitiés, au-delà des conjonctures politiques.
En revanche, force est de constater que nos travaux, dans le cadre du groupe d’étude n’ont pas fait changer la position du gouvernement, notamment sur la question syrienne. Deux ans après la création du groupe, quatre ans après le début de la guerre en Syrie, le gouvernement a toujours la même position à la fois abstraite, isolée et « jusqu’au-boutiste » : ni Daech, ni Bachar Al-Assad.
R&N : Comment expliquer les difficultés avec lesquelles les Chrétiens d’Orient obtiennent des visas d’asile en France, l’Europe laissant dans le même temps entrer chaque jour des milliers de clandestins ?
Véronique Besse : Je ne trouve qu’une explication : il y a un fossé entre la parole des élus et la réalité des faits ; il y a un gouffre entre ce que promettent les politiques et ce qu’ils font. Ce problème de visa est avant tout une affaire politique. Si le gouvernement veut vraiment accueillir des réfugiés chrétiens, il le fait. Même chose pour l’immigration : si le gouvernement veut l’arrêter. Il le peut. Tout est une question de volonté politique.
Après, soyons honnêtes. Ce n’est pas en accueillant massivement les Chrétiens d’Irak et de Syrie que nous améliorerons leur sort. Je ne blâme évidemment pas les familles qui cherchent à fuir. Là n’est pas mon propos. Non, je pense que la priorité doit être avant toute chose d’aider les chrétiens à vivre en paix chez eux, plutôt que de les faire quitter leur pays où ils sont présents depuis 2000 ans. Les responsables politiques et religieux de tous les pays du Proche-Orient ne disent pas autre chose.
R&N : Quel regard portez-vous sur la politique familiale du gouvernement actuel ?
Véronique Besse : Quel regard voulez-vous que je porte ? Je suis navrée, je suis outrée, je suis scandalisée par la politique familiale du gouvernement qui n’en est d’ailleurs pas une. Il s’agit d’une politique anti-familiale tant les spécificités, la vocation, la raison d’être de la famille, ses besoins et ses attentes sont niés. Le rôle d’éducateur des parents est effacé au profit de l’État avec, par exemple, une scolarisation conseillée de plus en plus précoce. Est nié également, le rôle de transmission de la famille, notamment de transmission de valeurs.
Il serait trop long d’évoquer toutes les mesures élaborées contre la famille, lors du quinquennat. Elles ne se comptent plus : double abaissement du quotient familial, baisse de la prime de naissance et de l’aide à la garde d’enfant, réforme du congé parental ou encore fin de l’universalité des allocations familiales… A cela, il faut ajouter cette grande « réforme de civilisation », pour reprendre les mots de Christiane Taubira : le mariage de personnes de même sexe avec les conséquences logiques que l’on connait, PMA, GPA, etc. S’en prendre à la famille, c’est saper le fondement de notre civilisation. C’est d’ailleurs bien pour cela que la famille, en tant que pivot de la société, est attaquée de toute part.
R&N : La politique familiale est présentée comme voulant inciter à toujours mieux concilier vie professionnelle et vie familiale. Mais les couples ont-ils vraiment le choix quand il faut souvent deux salaires pour élever ses enfants, ainsi qu’un logement adapté à la taille de la famille (particulièrement dans certaines régions) ?
Véronique Besse : Non, malheureusement, les couples n’ont plus le choix, pour toutes les raisons que l’on connait : prix de l’immobilier, baisse du pouvoir d’achat des familles, baisse de l’aide de l’État et des collectivités, etc. Et c’est bien pour cela qu’il faut une politique familiale qui soit une vraie politique familiale.
Pour ma part, en Vendée, j’ai fait le choix avec mon équipe municipale de faciliter en priorité la vie des familles dans ma commune des Herbiers. C’est du concret : diversité des modes de garde, soutien aux parents dans leur rôle d’éducateurs, accès encouragé à la propriété avec la construction d’un lotissement communal pour les jeunes familles et une maîtrise du coût du foncier mais aussi, dans un tout ordre d’idée et de manière plus ludique, développement des activités de loisir à vocation familiale, d’aires de jeux, etc.
R&N : Les interventions d’associations militantes (SOS Homophobie, SOS Racisme, Planning Familial, « projets pédagogiques » pro-migrants, ...) se multiplient dans les établissements publics. Est-ce le rôle de l’Éducation Nationale de transformer l’école en lieu de militantisme ?
Véronique Besse : Poser la question, c’est y répondre. Non, ce n’est pas à l’Éducation nationale de faire cela. L’école est un lieu d’apprentissage, d’instruction, pas un lieu d’endoctrinement ou de promotion politique. Notons, au passage, que les interventions dans les écoles permettent à toutes ces associations d’être rémunérées, d’occuper le terrain et, évidemment, d’être entendues dans les médias.
R&N : Quelle politique devrait mener la droite pour refonder réellement l’école publique si elle revient au pouvoir en 2017 ?
Véronique Besse : La première question à se poser est la suivante : à quoi sert l’école ? Si l’école est faite pour faire de « bons » citoyens du monde, connectés et déracinés, alors il faut continuer comme cela.
Si, au contraire, l’école est faite pour instruire nos enfants, pour leur apprendre à lire, écrire, compter, à connaitre et aimer l’histoire de leur pays, alors, il faut mettre les choses dans l’ordre et placer l’instruction au cœur de ses priorités. Une instruction exigeante et complète pour faire grandir l’enfant et le préparer à affronter l’avenir. Concrètement, cela passe entre autres, par une refonte des programmes scolaires et de la formation des enseignants. Cela passe, également, par une revalorisation du métier d’enseignant.
Au-delà de ce « tronc commun » qui doit concerner tous les enfants, qui doit être revalorisée dès le plus jeune âge et qui est nécessaire, il faut également cesser de dénigrer les filières techniques et notamment l’apprentissage qui mène ensuite à des métiers d’excellence. C’est typiquement franco-français et nous avons pris beaucoup de retard par rapport à nos voisins, notamment l’Allemagne. Le dogme du collège unique et l’objectif d’un bac universel, en réalité, c’est l’instruction à marche forcée pour beaucoup et un niveau général qui baisse pour tous. Il faut avoir le courage de nous remettre en question et de permettre à chaque enfant de développer ses talents quels qu’ils soient.
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