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Le tombeau du Maréchal de Saxe se trouve dans l’église protestante Saint Thomas à Strasbourg depuis le 20 août 1777.
Maurice de Saxe, né le 28 octobre 1696 à Goslar en Basse-Saxe est le fils naturel d’Auguste II, dit Le Fort, roi de Saxe, élu roi de Pologne à la chute de Stanislas Leckzinski, et de la comtesse Aurore de Koenigsmarck. Il est l’ancêtre d’Aurore Dupin, baronne Dudevant plus connue sous le pseudonyme de George Sand adopté lorsqu’elle devint la maîtresse de Jules Sandeau. Militaire dès son plus jeune âge, il combattit sous l’autorité du prince Eugène contre la France. Élu duc de Courlande, il ne put jamais prendre possession de son duché du fait de l’opposition de la tsarine Catherine 1re. Il servit alors la France pour laquelle il remporta la victoire de Fontenoy, le 11 mai 1745, contre les Anglais, les Hollandais et les Autrichiens, en présence de Louis XV (guerre de succession d’Autriche, à la suite de la Pragmatique Sanction de Charles VI en faveur de sa fille Marie-Thérèse). Le Maréchal de Saxe est mort le 30 novembre 1750 au château de Chambord dont Louis XV lui avait laissé la jouissance, d’une congestion pulmonaire, en fait usé par les combats et une vie de plaisir.
Nous pouvons nous demander pourquoi a-t-il été inhumé à Strasbourg. Le Maréchal, par testament de 1745, avait demandé à disparaître dans de la chaux vive. Mais Louis XV se devait de l’honorer tout particulièrement, même après sa mort. En tant que bâtard, étranger et luthérien, il ne pouvait être inhumé ni à Saint-Denis, ni à Notre Dame de Paris, ni aux Invalides. Dresde aurait été la sépulture logique mais Louis XV devait le faire inhumer en France. Néanmoins, à Strasbourg, où le maréchal n’était jamais venu :
Le convoi funèbre, parti de Chambord le 8 janvier 1751, arriva à Strasbourg le 7 février. Le catafalque fut exposé le 7 février à l’hôtel de Coigny, gouverneur d’Alsace ; le 8 février au Temple Neuf avec une oraison de Jean-Michel Lorentz, chanoine et pasteur de Saint-Thomas, qui reprit l’oraison funèbre de Turenne : Macchabées : Comment est mort cet homme puissant qui sauvait Israël. La translation à St. Thomas n’intervint que le 20 août 1777, à l’initiative de Christophe Klinglin, prêteur royal, et du maréchal Contades, quand le monument de Pigalle fut terminé, livré depuis Paris, et mis en place à St. Thomas. Le chapitre de Saint-Thomas ne donna son accord qu’en juillet 1775 car il constatait que le maréchal était impie et de moralité douteuse. De plus, il alléguait le peu de solidité du sol eu égard au poids du monument.
Un Mausolée est un monument funéraire au-dessus d’un caveau contenant les restes du défunt ; en l’espèce, sous le mausolée se trouvent trois tombeaux, selon l’usage du Moyen-Âge :
Peu apprécié des paroissiens au XVIII°, il tient lieu de retable, tombeau principal parmi les 68 épitaphes à l’intérieur de l’église et des 4 à l’extérieur. Pourtant Diderot écrivit à Pigalle : « ce sera toujours un des plus beaux morceaux de sculpture qu’il y ait en Europe » ; Gilles Lapouge : « le tombeau de Pigalle est une réussite : emphatique, hyperbolique, baroque, mythologique, allégorique, plein de marbres ». Gérard de Nerval, constatant que Mozart joua de l’orgue à Saint-Thomas en 1778, un an après l’installation du mausolée, pense que la statue du maréchal inspira la statue du Commandeur que Don Juan invite à souper. En 1792 le magasinier Mangelschott dissimula le mausolée sous de la paille et le sauva.
Les marbres aux couleurs chères à l’époque baroque sont présents : bleu turquoise de la pyramide, vert mer du sarcophage, gris de Senones pour le fond de l’abside, blanc pour les sculptures du mausolée. Il n’y a néanmoins pas de rouge en raison de la sobriété des églises protestantes.
Il se dégage l’idée d’un retable en forme de triptyque, trois représentations en un seul groupe :
à gauche, les drapeaux déchirés et cassés des puissances ennemies symbolisées par leurs animaux : léopard (Angleterre) ; lion (Flandre) ; aigle (Empire) ; et l’Hercule (Farnèse) désespéré par la mort du héros. Et à droite, il y a les drapeaux triomphants des armées françaises victorieuses avec un petit génie de la guerre, portant un flambeau renversé, et qui pleure. Au moment de l’installation, Pigalle a modifié la figure acceptée en la transformant en un Cupidon, allusion aux innombrables conquêtes féminines du défunt. Au centre, dramatisation de la descente au tombeau : en haut le maréchal, très digne, répond à l’appel de la mort et descend vers le sarcophage ouvert ; en bas, la mort montre le sablier au maréchal dont la vie est terminée ; entre les deux, la France , en manteau fleurdelisé, tente de retenir le maréchal.
Cette représentation centrale est inspirée par Le Laocoon de Lessing, publié en 1766, qui magnifie la sculpture antique : découverte du groupe de marbre dans la Domus aurea de Néron à Rome représentant le prêtre de Troie étouffé avec ses fils par les serpents envoyés par Athéna, la déesse favorable aux Grecs, qui le punit ainsi d’avoir voulu dissuader les Troyens de laisser entrer le fameux cheval dans leurs murs. Le danger est que dorénavant le sculpteur matérialise ce que chacun imaginait diversement ; on ne voit plus la scène autrement : le héros soupire et l’on s’émeut ; il crie et le silence de la statuaire, bien qu’inaudible, le montre en train de râler ; de sorte que la représentation artistique - qui n’est qu’une étape transitoire (la descente vers le tombeau) - est intolérable de par le prolongement qu’elle implique, l’inhumation, purement matérielle, sans référence ou allusion à une vie « au-delà ».
C’est la même représentation que donne Le Bernin, dans ses tombeaux des papes Alexandre VII Chigi, et Paul III Farnèse, à St Pierre de Rome ; très étrangement, au contraire des tombeaux des Anciens : Pompéi, par exemple, est entourée de tombeaux qui représentent le défunt, sur un bateau, symbole du passage de la vie terrestre vers un autre côté.
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