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Pourquoi est-on libre ?

9 mai 2013 Benjamin

Pourquoi est-on libre ?

Drôle de question… En général, on se demande plutôt si on est libre, dans quelle mesure, ou comment l’être. Si l’on cherche une cause, on ne peut qu’arriver à Dieu (même si certains le nomment hasard). Mais pourquoi ?

On peut facilement aller de là à la question du Dessein divin, de la Théodicée, et finalement au mystère du mal et du péché. Je ne m’engagerai pas si loin, ce n’est pas ma réflexion actuelle. Je me place plutôt du côté de l’homme, dans une perspective pratique.

L’homme est fait pour aimer. Créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, qui est l’Amour, l’homme est cet être mystérieux que Dieu aime, et qui essaie de L’aimer. Et l’expérience que nous pouvons faire de l’amitié et de l’amour nous le confirme souvent de la plus belle manière.

Peut-on aimer sans être libre ? C’est absurde. Qui forcera un autre à l’aimer ? Si l’amour est plus qu’un ressenti sensible d’agrément commun, s’il peut durer réellement, c’est parce qu’il est le fruit d’un acte de la volonté, libre. Ainsi l’homme n’est pas fait pour la liberté mais pour l’amour, pour Dieu finalement. La liberté est un moyen, et un don de Dieu qui accepte que certaines choses ne dépendent pas de Lui.

La liberté est un moyen. En elle-même elle est stérile, insuffisante à rendre heureux. Presque vaine. Mais dites cela à un homme contemporain, il vous rit au nez ou vous fuit selon qu’il croit à de l’humour ou non. Sacro-sainte Liberté, valeur absolue, et seule valeur réelle de l’homme, elle est soit affirmée, soit niée, soit recherchée, mais toujours comme une fin en soi. Si je veux faire le mal, je peux puisque je suis libre. Voilà la racine de tous nos maux. Et cela se fonde sur une incompréhension de la Liberté, et finalement sur un oubli de l’Amour.

Je ne peux pas être absolument libre. Car la liberté, comme qualité de l’appétit rationnel qu’est la volonté, est donc dépendante de notre raison. Elle est également influencée, bien évidemment, par la sensibilité. Faut-il s’en plaindre ? Il n’est pas nouveau que l’homme veut être comme un Dieu. Mais il ne l’est pas, et ne peut pas seul s’y élever. Ce ne peut être un problème que si la liberté est la fin de la vie humaine. La vie serait donc désespérante, au point de ne plus vivre que pour le plaisir. Mais si la vie est ordonnée au bonheur qu’une certaine liberté permet d’atteindre dans sa relation avec les autres, alors le but n’est pas de perfectionner sa liberté mais l’amour, ce qui est tout de suite plus facile à envisager, même si là encore seul l’homme ne peut parvenir à la plénitude.

Mais nous avons oublié l’amour. Il reste ancré dans le cœur de l’homme, mais il n’est plus dans la tête de bien des gens. Et les philosophes contemporains sont majoritaires, qui ne cherchent plus l’amour mais la liberté. Nos contemporains pensent avec ces bases, ils ne voient plus le sens de la liberté.

Quand on a dit cela, on n’a presque rien dit. Sont-ils à blâmer ? Et peut-on y remédier ?
On ne grandit pas tout seul. On ne pense pas tout seul. En ce sens nous sommes dépendants de ceux qui nous ont précédés, de nos parents, de nos maîtres. Encore un lieu où l’on voit le bénéfice d’une liberté qui n’est pas absolue. Et un autre maître est notre expérience. C’est avec de l’expérience qu’on accroît son intelligence. Et l’on retrouve là la subjectivité qui conduit certains au relativisme. Mais aussi singulière que soit notre expérience, l’intelligence nous permet toujours d’en tirer de l’universel, et donc avec honnêteté de s’approcher de la vérité. Il n’en reste pas moins vrai que lorsque l’on a des expériences malheureuses, des blessures, on perd de la lucidité et de l’objectivité, car la sensibilité et les passions s’invitent plus facilement dans le débat. Il est bien difficile d’avouer, même à soi, que l’on a tort d’agir comme on agit.

Par conséquent, concernant cette réalité si fondamentale, si intime à l’homme, et si grande qu’est l’amour, une blessure aura des répercussions d’autant plus grandes. Dans notre monde, ou même certains catholiques sont tièdes, combien ont une expérience de l’amour atrophiée, blessée, ou simplement une inexpérience de l’amour ? À l’heure de la libération de la sexualité, combien sont touchés dans leur intimité par autre chose que l’amour, qui en revendique pourtant le nom ? Ne nous étonnons donc pas de voir tant de gens de bonne volonté se battre rageusement contre des valeurs qui les insultent parce qu’ils ne les comprennent plus.

La France s’est réveillée, ces derniers temps. Elle a pris conscience qu’elle devrait se battre pour relever la tête. Elle réalise les conséquences du sens de l’histoire qui se déroule depuis bien longtemps. Mais le réapprentissage va être long et laborieux, et il passe par le quotidien. Le combat des idées et le rapport de force sont indispensables pour éviter le pire. Mais le plus important est dans le quotidien. Il faut aimer les autres, ceux qui nous entourent, et leur montrer que c’est possible, et beau. C’est quelque chose qui prend du temps dans la mesure même où c’est profond. Que le message de l’Évangile, plus actuel que jamais, nous donne la grâce de Dieu pour aimer les hommes comme Lui-même les a aimés.

Je vous laisse écrire la suite.

9 mai 2013 Benjamin

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