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« Depuis la renonciation de Benoît XVI à sa charge, le 11 février dernier, jusqu’à l’élection du pape François, le 13 mars, tous les projecteurs étaient braqués sur Rome. L’Église, que l’on déclarait de manière récurrente moribonde, inadaptée aux évolutions du monde et paralysée par son conservatisme, était tout à coup digne de toutes les attentions : pas moins de 5 000 journalistes pour couvrir l’événement ! Les vieux briscards de la presse n’en croient pas leurs yeux, tant ils sont désavoués dans leurs analyses : celui qu’ils décriaient comme le « Panzerkardinal », le vieux monarque accroché à son trône, apparaît comme il a toujours été : le doux et humble Benoît XVI, « l’homme le plus humble que la terre ait porté » (Nb 12, 3), comme on le dit de Moïse dans la Bible. Au soir du 13 mars, tous les yeux sont tournés vers la loggia des bénédictions de Saint-Pierre : à l’annonce de l’élu, devant un peuple en liesse, les journalistes en ont le souffle coupé, tous leurs pronostics sont déjoués, le nom de l’élu ne figure pas sur la liste des favoris.
Mais la grille de lecture est décidément trop courte : les critères sont mondains et politiques et restent à l’extérieur de la foi. De même qu’il y a eu le « Concile des media », puis le « Conclave des media », il est fort à gager qu’il y aura aussi le « pape des media » ! Dans des styles assurément différents, c’est pourtant la même volonté affichée par les deux pontifes de remettre la personne de Jésus-Christ au centre le la vie chrétienne. En reprenant à son compte « l’intuition vraiment inspirée » de son prédécesseur qui a promulgué l’Année de la foi, le pape François évoque devant les représentants des autres confessions religieuses « un pèlerinage vers ce qui représente l’essentiel pour chaque chrétien : le rapport personnel et transformant avec Jésus Christ, Fils de Dieu, mort et ressuscité pour notre salut ». A-t-on d’ailleurs été assez attentif au discours du nouveau pape, déployant sous nos yeux, en bon jésuite rompu aux Exercices spirituels de saint Ignace, la méditation des deux étendards, celui du Christ ou celui du diable, sous lesquels on doit choisir de servir : « Si nous ne confessons pas Jésus-Christ, dit-il aux cardinaux sous les ors de la chapelle Sixtine, nous deviendrions une piètre ONG, mais pas l’Église, l’Épouse du Seigneur… Si nous ne confessons pas Jésus-Christ, nous confessons la mondanité du diable.… Si nous confessons Jésus-Christ sans la croix, nous ne sommes pas les disciples du Seigneur, nous sommes des mondains ».
L’Église échappera toujours aux jugements des hommes, à l’instar de Jésus que les juifs « cherchaient de nouveau à saisir, mais qui leur échappa des mains » (Jn 10, 39). C’est avec la même liberté souveraine que le Christ, « comme un agneau muet que l’on mène à l’abattoir » (Is 53, 7), se livrera entre les mains des hommes pour être crucifié. Mais la mort elle-même ne pourra pas le retenir en son pouvoir, et le troisième jour, il surgira vainqueur du tombeau ! Oui, l’Église est vivante de la vie même du Ressuscité ! Et « elle se réveille dans les âmes », selon le mot de Romano Guardini commenté par Benoît XVI dans sa dernière allocution aux cardinaux, le 28 février dernier : « L’Église vit, grandit et se réveille dans les âmes qui – comme la Vierge Marie – accueillent la Parole de Dieu et la conçoivent par l’opération de l’Esprit Saint ». Elle se réveille dans les âmes de ces catéchumènes adultes, toujours plus nombreux chaque année, d’horizons parfois si improbables, qui recevront le baptême dans la nuit de Pâques.
De même, il y aura un avant et un après 24 mars 2013 ! En rassemblant plus d’un million quatre cent milles personnes dans les rues de Paris, la Manif Pour Tous a transformé largement l’essai du 13 janvier… sans le soutien des media, qui avaient pour beaucoup boycotté l’événement en réussissant l’exploit de n’en rien dire en amont. Mais qu’à cela ne tienne : le gouvernement, comme beaucoup de journalistes qui prétendent faire l’opinion, ont découvert dimanche le pays réel qu’ils persistent à ignorer et dont ils sont de plus en plus déconnectés. Or ce n’était pas des « militants professionnels » qui descendaient dans la rue, en ce dimanche des Rameaux, mais des citoyens de tous horizons sociaux, politiques ou religieux, quoique en majorité catholiques, un peuple discipliné, joyeux et pacifique, mais plus déterminé que jamais à faire entendre la voix du bon sens et soucieux, non de défendre des intérêts particuliers mais de promouvoir le bien commun menacé de la société. C’est le réveil de la nation profonde qui n’a pas perdu son âme et qui annonce le printemps des consciences. Cela aussi est une Résurrection ! Puisse ce grand mouvement populaire augurer d’un vrai printemps français. C’est la mission d’espérance qui nous attend, en ces jours de Pâques et à la suite du Christ : « rendre témoignage à la vérité » : et « Quiconque est de la vérité, écoute ma voix », dit Jésus (Jn 18, 37).
Saintes et joyeuses fêtes de Pâques ! »
+ Mgr Marc AILLET,
Évêque de Bayonne, Lescar et Oloron.
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