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mardi 12 juin 2012, par Jacquot

Michéa contre le libéralisme

Les circonstances ont voulu que la dernière émission [1] d’Alain Finkielkraut, Répliques, soit consacrée à Jean-Claude Michéa, dont je venais justement de lire L’empire du moindre mal [2]. La principale partie de l’émission, contrairement à ce que laisse entendre son titre, fut consacrée à ce livre paru en 2007. La thèse qui y est défendue est la suivante : le libéralisme culturel et politique (« défini comme l’avancée illimitée des droits et la libéralisation permanente des mœurs ») et le libéralisme économique ne sont que les deux faces complémentaires d’une même médaille ; d’où, selon l’auteur, la farce électorale d’une gauche luttant contre la partie économique du libéralisme tout en validant sans vergogne son versant culturel, à laquelle s’oppose une droite favorable au marché mais hostile à la régularisation massive de tous les comportements. Ces deux versions du libéralisme sont, en réalité, selon Michéa, « l’accomplissement logique (ou la vérité) du projet philosophique libéral, tel qu’il s’est progressivement défini depuis le XVIIIe siècle, et, tout particulièrement, depuis la philosophie des Lumières » [3], projet qui, pour mettre fin aux terribles guerres de religion du XVIe siècle, entendait privatiser les valeurs morales et religieuses et, parallèlement, confier au marché le soin de régler pacifiquement les relations entre les hommes. Ce libéralisme-là serait à l’origine, d’une part, d’un monde de plus en plus éclaté où plus aucune valeur ne pourrait servir de substrat au droit - de quel droit interdirait-on à quelqu’un de se nuire librement ? - et, d’autre part, d’un capitalisme débridé qui règnerait en maître.

Mais, pourrait-on objecter, et Finkielkraut ne manque pas de le faire au cours de l’émission, les premiers libéraux avaient tout de même le sens des limites et de la vertu ; ils auraient sans doute été horrifiés devant le spectacle dérisoire d’un progressisme moral effréné couplé à la guerre judiciaire de tous contre tous. Peu importe, répond en substance Michéa, une logique est à l’œuvre, qui explique que la machine ait pu se retourner contre les intentions initiales de ses fondateurs. Bien que ces derniers tinssent pour chose évidente « qu’un homme n’est pas une femme, qu’un enfant n’est pas un adulte, qu’un fou n’est pas une personne saine d’esprit » (14,48), l’impossibilité de faire référence à quelque modèle de vie bonne que ce soit était de nature à engendrer la remise en cause de toutes les valeurs partagées, forcément coupables de porter atteinte à la liberté d’autrui.

Toute convaincante qu’elle est, l’analyse de Michéa prête cependant le flanc à la critique. Celle-ci concerne surtout le diagnostic d’un marché tout puissant qui aurait littéralement broyé l’État. Ce diagnostic semble infondé. En effet, s’il n’est pas douteux que nous vivions sous la férule d’un progressisme moral, est-il si sûr que nous soyons les acteurs ou témoins du « monde sans âme du capitalisme contemporain » ? Comme le remarque judicieusement Finkielkraut, l’État-providence n’a pas disparu. Et, aux yeux des libéraux eux-mêmes, rarement l’étatisme n’aura été aussi important. À titre d’exemple, la crise des subprimes, contrairement à ce que l’on entend partout sur les ondes, est en partie due à l’interventionnisme de l’État qui, en couvrant les banques en cas de défaut de paiement des créanciers, les a incitées à prêter abusivement de l’argent à des clients insolvables. On pourra aussi remarquer, pour conjurer l’idée d’un libéralisme sauvage, que les prélèvements obligatoires et leur corollaire, les politiques de redistribution, n’ont jamais été aussi importants.

En revanche, son idée de logique libérale est particulièrement intéressante et stimulante, quoiqu’elle soit difficile à vérifier. Une chose est sûre cependant : sans culture ni valeurs communes, toute société finit par se morceler. Le libéralisme coupé du bien engendre inéluctablement le relativisme moral et le séparatisme social.

Notes

[1] L’avant-dernière en fait, mais j’écrivais ces lignes il y a une semaine

[2] Jean-Caude Michéa, L’Empire du moindre mal - Essai sur la civilisation libérale, Climats 2007 ; Champs-Flammarion, 2010

[3] Op. cit., p.12

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Commentaires

  • Comme vous le rappelez justement, pour les libéraux (et libertariens), "rarement l’étatisme n’aura été aussi important". Vrai, la crise de 2008 est une crise de l’interventionnisme étatique ET NON une crise du capitalisme comme s’évertuent à le répéter tels des moutons la plèbe et nombres d’élites françaises et d’ailleurs. C’est évidemment Clinton qui a décidé dans les années 1990 de diminuer les taux d’intérêts afin que les clients insolvables désireux d’acquérir un logement puissent emprunter massivement, au risque de ne jamais rembourser. C’est également un homme politique (donc un représentant de l’Etat) qui a sauvé de la faillite les banques US (exception faite de Lehman Brothers) contrevenant par là au principe de responsabilité qui octroie au libéralisme donc à l’économie de marché son essence. Nous ne vivons pas dans une économie de marché débridée, mais dans une économie mixte (un peu d’Etat, un peu de marché). Les hommes de l’Etat doivent-ils plus réguler le marché, à savoir entraver la liberté des hommes qui commercent par des mesures protectionnistes ? Cette perspective pour eux est séduisante au plan électoral, puisqu’ils pourront par ce programme ratisser un large nombre de voix [ les français sont parmi les moins libéraux au monde – Preuve en est l’étude réalisée par les universitaires Frey (Suisse) et Lemmenicier (Paris II) intitulée « Ce que pensent les économistes français » selon laquelle les français sont les seuls au monde à considérer à plus de 50% que le protectionnisme est meilleur que le libre échange ]. Prôner le protectionnisme a donc pour eux un intérêt. Mais les dégâts du protectionnisme pour le consommateur, vous, moi, ne sont plus à démontrer (augmentation des prix, moindre diversité des produits). Je vous renvoie à Frédéric Bastiat. Plus, le drame profond du protectionnisme, au-delà de l’aspect marchand, c’est de conduire à la guerre. Je vous renvoie sur cette question à l’étude de Jean-Baptiste Duroselle et à cet article : http://www.contrepoints.org/2013/03...

    Permettez-moi seulement d’amender certaines de vos phrases.

    « Un monde de plus en plus éclaté où aucune valeur ne servirait de substrat au droit ». Le monde est de plus en plus éclaté, cela est juste. L’échange s’étend dans l’espace de plus en plus rapidement. Contrairement à ce que certains croient, la mondialisation est aussi vieille que l’homme et existe depuis que celui-ci a accepté d’échanger. Les périodes retenues sont les XII-XIIIe siècles, le XVIe, le milieu du XIXe et l’après Seconde-Guerre mondiale. Dans ce monde là dites-vous, le capitalisme, roi, serait débridé, tandis que les valeurs s’effaceraient alors qu’elles fondent le droit. Et cette situation serait la conséquence inéluctable du libéralisme. Sur la double erreur selon laquelle nous vivons dans une économie capitaliste et que cette économie est débridée, je vois renvoie au paragraphe supra. Sur l’autre question, alors, toutes choses égales par ailleurs, parce qu’on aurait laissé les hommes s’exprimer librement, échanger plus ou moins librement et pratiquer librement une religion, le droit, spontanément, serait déconnecté de toute valeur, ie de toute idée forte (« valeur » vient de valere en latin qui signifie « être fort ») fondant une civilisation. Partant, depuis le XIIe siècle, à savoir depuis que les hommes échangent, les valeurs auraient soudainement disparues. Et ce phénomène serait encore plus visible aujourd’hui, à l’heure où certains selon vous « se nuisent librement ». Voyez l’aberration de votre propos. Depuis le début de l’humanité, l’homme est vicié et vicieux. Que l’homme se nuise n’est pas nouveau. Que la loi interdise ou non une pratique ne la fera pas disparaitre. Flaubert, Carroll, et bien d’autres artistes du XIXe étaient pédophiles tout comme d’autres dans l’Antiquité. Les prostituées existent depuis la nuit des temps. Que la chose soit bonne ou mauvaise, elle est, tout simplement. Par ailleurs, le libéralisme comme le libertarianisme ne suppose pas l’absence de droit mais la réduction ou l’absence de monopole du pouvoir par l’Etat. Cela est très différent. Bien sur qu’il faut des règles communes. Je vous renvoie encore à Frédéric Bastiat, et à Friedrich Hayek (« Droit, législation et liberté », 1982).

    « Le libéralisme coupé du bien engendre inéluctablement le relativisme moral et le séparatisme social. ». C’est le pompon. No coment sur la tournure holistique de votre phrase. Le libéralisme conduirait donc à des convictions telles que « toutes les valeurs se valent » et pousseraient les individus à se mélanger uniquement à des gens qui leur ressemblent. Sur la seconde question, il n’y a AUCUN problème à ce que vous, moi, le voisin préfèrent côtoyer des gens partageant plus ou moins les mêmes goûts et voyant la vie à leur manière. Les gens sont libres de choisir leurs amis et connaissances. Il faut arrêter de critiquer le communautarisme. Ce n’est pas un mal, mais une attitude purement humaine que de désirer se rassembler en communautés d’affinités par delà le monde. Par ailleurs, sur la première question, votre propos est fortement erroné. La tolérance consubstantielle au libéralisme ne signifie pas que toutes les pratiques soient acceptables. Le libéralisme est TOUT sauf relativiste, ne serait-ce parce qu’à travers lui l’homme est libre et responsable et qu’en lui réside des préférences et des valeurs exprimées dans l’action humaine. Or les valeurs et les préférences sont subjectives. Les hommes ne sont pas tous identiques et là où certains préfèreront la musique Classique, d’autres auront foi dans le rap. Si les hommes ne sont pas égaux, toute valeur ne se vaut pas. Fort à parier que la musique Classique perdurera encore dans les siècles futurs contrairement à celle du chanteur du 9/3. Je suis libérale et pourtant j’admets comme de nombreux autres qu’il y a un esthétisme en certaines choses et de la médiocrité dans d’autres. Non, la diffusion mondiale des produits culturels n’équivaut pas à considérer que tous se valent même si leur importance diffère selon les individus.

    Pour vous, le libéralisme laissant libre les personnes (d’adopter des comportements immoraux) introduirait de facto dans l’esprit de certains des slogans tels que « à chacun sa vérité », « à chacun sa morale ». Attention, tolérance n’est pas relativisme. Un libéral sait qu’il y a des limites à sa liberté (c’est celle d’autrui), comme des opinions vraies et fausses, comme des pratiques recommandées ou non. Selon vous, tout serait permis à travers le libéralisme : il serait la loi de la jungle. Je le répète, le libéralisme N’INDUIT PAS l’absence de droit. Et par ailleurs, la limite de la liberté est la responsabilité. Si les hommes sont libres, ils ont le devoir d’être responsables de leurs actes. Libéraux comme libertariens ont à cœur ce principe. Ludwig Von Mises, libéral Autrichien, dit lui-même du relativisme que « c’est une attitude de fanatiques bornés, qui ne peuvent imaginer que quelqu’un puisse être plus raisonnable ou plus intelligent qu’eux-mêmes. ».

    Par pitié, méditez un instant sur les lignes qui suivent.

    « Une conséquence du relativisme moral est que "tout est permis", puisqu’il n’y a pas de critère fiable permettant d’apprécier une action. Le libéralisme n’est en aucune façon un relativisme moral, contrairement à ce que prétendent certains qui se fondent sur l’individualisme qui est à la source du libéralisme pour en tirer des conclusions hâtives. Tout comportement, toute action peuvent être jugés comme conformes ou non à l’éthique libérale, qui repose sur l’axiome de non-agression, et un tel jugement s’applique à n’importe quel type de culture ou de société. Pour les libéraux et les libertariens, il s’agit bien d’un critère objectif, qui permet de juger aussi bien une politique donnée, qu’une religion ou une philosophie, non pas en elles-mêmes (le libéralisme n’a pas cette prétention), mais dans les rapports sociaux qui en découlent. En revanche, le libéralisme accepte profondément la différence, et, tant que l’axiome de non-agression est respecté, il n’a aucun problème à reconnaître la diversité des cultures, des moeurs, des religions, des éthiques personnelles, des opinions, etc. Les libertariens jusnaturalistes sont les plus grands adversaires du relativisme, qui pour eux règne dans les sociétés contemporaines à travers le positivisme juridique et le droit positif ».

    — Sophie M

  • Michéa contre le libéralisme

    14 juin 2012 19:26

    Fort bon article. Emission extrêmement intéressante.

    — Courlet de Vregille Simon-Pierre

  • Michéa contre le libéralisme

    13 juin 2012 20:41

    Nous pouvons admettre cette distinction entre le libéralisme purement économique et celui (finalement plus large) qui promeut l’émancipation de l’homme de tout groupe humain (système de contraintes et de valeurs).
    Mais dans ce cas, après avoir établi l’ordre des priorités nécessaires pour répondre aux besoins de l’homme, et qu’apparait alors en première ligne celle de restaurer la famille et la Cité, peut-on encore se dire « libéral » ?

    — Pellisson

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3 commentaires

  • Michéa contre le libéralisme

    7 avril 14:22, par Sophie M

    Comme vous le rappelez justement, pour les libéraux (et libertariens), "rarement l’étatisme n’aura été aussi important". Vrai, la crise de 2008 est une crise de l’interventionnisme étatique ET NON une crise du capitalisme comme s’évertuent à le répéter tels des moutons la plèbe et nombres d’élites françaises et d’ailleurs. C’est évidemment Clinton qui a décidé dans les années 1990 de diminuer les taux d’intérêts afin que les clients insolvables désireux d’acquérir un logement puissent emprunter massivement, au risque de ne jamais rembourser. C’est également un homme politique (donc un représentant de l’Etat) qui a sauvé de la faillite les banques US (exception faite de Lehman Brothers) contrevenant par là au principe de responsabilité qui octroie au libéralisme donc à l’économie de marché son essence. Nous ne vivons pas dans une économie de marché débridée, mais dans une économie mixte (un peu d’Etat, un peu de marché). Les hommes de l’Etat doivent-ils plus réguler le marché, à savoir entraver la liberté des hommes qui commercent par des mesures protectionnistes ? Cette perspective pour eux est séduisante au plan électoral, puisqu’ils pourront par ce programme ratisser un large nombre de voix [ les français sont parmi les moins libéraux au monde – Preuve en est l’étude réalisée par les universitaires Frey (Suisse) et Lemmenicier (Paris II) intitulée « Ce que pensent les économistes français » selon laquelle les français sont les seuls au monde à considérer à plus de 50% que le protectionnisme est meilleur que le libre échange ]. Prôner le protectionnisme a donc pour eux un intérêt. Mais les dégâts du protectionnisme pour le consommateur, vous, moi, ne sont plus à démontrer (augmentation des prix, moindre diversité des produits). Je vous renvoie à Frédéric Bastiat. Plus, le drame profond du protectionnisme, au-delà de l’aspect marchand, c’est de conduire à la guerre. Je vous renvoie sur cette question à l’étude de Jean-Baptiste Duroselle et à cet article : http://www.contrepoints.org/2013/03...

    Permettez-moi seulement d’amender certaines de vos phrases.

    « Un monde de plus en plus éclaté où aucune valeur ne servirait de substrat au droit ». Le monde est de plus en plus éclaté, cela est juste. L’échange s’étend dans l’espace de plus en plus rapidement. Contrairement à ce que certains croient, la mondialisation est aussi vieille que l’homme et existe depuis que celui-ci a accepté d’échanger. Les périodes retenues sont les XII-XIIIe siècles, le XVIe, le milieu du XIXe et l’après Seconde-Guerre mondiale. Dans ce monde là dites-vous, le capitalisme, roi, serait débridé, tandis que les valeurs s’effaceraient alors qu’elles fondent le droit. Et cette situation serait la conséquence inéluctable du libéralisme. Sur la double erreur selon laquelle nous vivons dans une économie capitaliste et que cette économie est débridée, je vois renvoie au paragraphe supra. Sur l’autre question, alors, toutes choses égales par ailleurs, parce qu’on aurait laissé les hommes s’exprimer librement, échanger plus ou moins librement et pratiquer librement une religion, le droit, spontanément, serait déconnecté de toute valeur, ie de toute idée forte (« valeur » vient de valere en latin qui signifie « être fort ») fondant une civilisation. Partant, depuis le XIIe siècle, à savoir depuis que les hommes échangent, les valeurs auraient soudainement disparues. Et ce phénomène serait encore plus visible aujourd’hui, à l’heure où certains selon vous « se nuisent librement ». Voyez l’aberration de votre propos. Depuis le début de l’humanité, l’homme est vicié et vicieux. Que l’homme se nuise n’est pas nouveau. Que la loi interdise ou non une pratique ne la fera pas disparaitre. Flaubert, Carroll, et bien d’autres artistes du XIXe étaient pédophiles tout comme d’autres dans l’Antiquité. Les prostituées existent depuis la nuit des temps. Que la chose soit bonne ou mauvaise, elle est, tout simplement. Par ailleurs, le libéralisme comme le libertarianisme ne suppose pas l’absence de droit mais la réduction ou l’absence de monopole du pouvoir par l’Etat. Cela est très différent. Bien sur qu’il faut des règles communes. Je vous renvoie encore à Frédéric Bastiat, et à Friedrich Hayek (« Droit, législation et liberté », 1982).

    « Le libéralisme coupé du bien engendre inéluctablement le relativisme moral et le séparatisme social. ». C’est le pompon. No coment sur la tournure holistique de votre phrase. Le libéralisme conduirait donc à des convictions telles que « toutes les valeurs se valent » et pousseraient les individus à se mélanger uniquement à des gens qui leur ressemblent. Sur la seconde question, il n’y a AUCUN problème à ce que vous, moi, le voisin préfèrent côtoyer des gens partageant plus ou moins les mêmes goûts et voyant la vie à leur manière. Les gens sont libres de choisir leurs amis et connaissances. Il faut arrêter de critiquer le communautarisme. Ce n’est pas un mal, mais une attitude purement humaine que de désirer se rassembler en communautés d’affinités par delà le monde. Par ailleurs, sur la première question, votre propos est fortement erroné. La tolérance consubstantielle au libéralisme ne signifie pas que toutes les pratiques soient acceptables. Le libéralisme est TOUT sauf relativiste, ne serait-ce parce qu’à travers lui l’homme est libre et responsable et qu’en lui réside des préférences et des valeurs exprimées dans l’action humaine. Or les valeurs et les préférences sont subjectives. Les hommes ne sont pas tous identiques et là où certains préfèreront la musique Classique, d’autres auront foi dans le rap. Si les hommes ne sont pas égaux, toute valeur ne se vaut pas. Fort à parier que la musique Classique perdurera encore dans les siècles futurs contrairement à celle du chanteur du 9/3. Je suis libérale et pourtant j’admets comme de nombreux autres qu’il y a un esthétisme en certaines choses et de la médiocrité dans d’autres. Non, la diffusion mondiale des produits culturels n’équivaut pas à considérer que tous se valent même si leur importance diffère selon les individus.

    Pour vous, le libéralisme laissant libre les personnes (d’adopter des comportements immoraux) introduirait de facto dans l’esprit de certains des slogans tels que « à chacun sa vérité », « à chacun sa morale ». Attention, tolérance n’est pas relativisme. Un libéral sait qu’il y a des limites à sa liberté (c’est celle d’autrui), comme des opinions vraies et fausses, comme des pratiques recommandées ou non. Selon vous, tout serait permis à travers le libéralisme : il serait la loi de la jungle. Je le répète, le libéralisme N’INDUIT PAS l’absence de droit. Et par ailleurs, la limite de la liberté est la responsabilité. Si les hommes sont libres, ils ont le devoir d’être responsables de leurs actes. Libéraux comme libertariens ont à cœur ce principe. Ludwig Von Mises, libéral Autrichien, dit lui-même du relativisme que « c’est une attitude de fanatiques bornés, qui ne peuvent imaginer que quelqu’un puisse être plus raisonnable ou plus intelligent qu’eux-mêmes. ».

    Par pitié, méditez un instant sur les lignes qui suivent.

    « Une conséquence du relativisme moral est que "tout est permis", puisqu’il n’y a pas de critère fiable permettant d’apprécier une action. Le libéralisme n’est en aucune façon un relativisme moral, contrairement à ce que prétendent certains qui se fondent sur l’individualisme qui est à la source du libéralisme pour en tirer des conclusions hâtives. Tout comportement, toute action peuvent être jugés comme conformes ou non à l’éthique libérale, qui repose sur l’axiome de non-agression, et un tel jugement s’applique à n’importe quel type de culture ou de société. Pour les libéraux et les libertariens, il s’agit bien d’un critère objectif, qui permet de juger aussi bien une politique donnée, qu’une religion ou une philosophie, non pas en elles-mêmes (le libéralisme n’a pas cette prétention), mais dans les rapports sociaux qui en découlent. En revanche, le libéralisme accepte profondément la différence, et, tant que l’axiome de non-agression est respecté, il n’a aucun problème à reconnaître la diversité des cultures, des moeurs, des religions, des éthiques personnelles, des opinions, etc. Les libertariens jusnaturalistes sont les plus grands adversaires du relativisme, qui pour eux règne dans les sociétés contemporaines à travers le positivisme juridique et le droit positif ».

  • Michéa contre le libéralisme

    14 juin 2012 19:26, par Courlet de Vregille Simon-Pierre

    Fort bon article. Emission extrêmement intéressante.

  • Michéa contre le libéralisme

    13 juin 2012 20:41, par Pellisson

    Nous pouvons admettre cette distinction entre le libéralisme purement économique et celui (finalement plus large) qui promeut l’émancipation de l’homme de tout groupe humain (système de contraintes et de valeurs).
    Mais dans ce cas, après avoir établi l’ordre des priorités nécessaires pour répondre aux besoins de l’homme, et qu’apparait alors en première ligne celle de restaurer la famille et la Cité, peut-on encore se dire « libéral » ?

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