Comme vous le rappelez justement, pour les libéraux (et libertariens), "rarement l’étatisme n’aura été aussi important". Vrai, la crise de 2008 est une crise de l’interventionnisme étatique ET NON une crise du capitalisme comme s’évertuent à le répéter tels des moutons la plèbe et nombres d’élites françaises et d’ailleurs. C’est évidemment Clinton qui a décidé dans les années 1990 de diminuer les taux d’intérêts afin que les clients insolvables désireux d’acquérir un logement puissent emprunter massivement, au risque de ne jamais rembourser. C’est également un homme politique (donc un représentant de l’Etat) qui a sauvé de la faillite les banques US (exception faite de Lehman Brothers) contrevenant par là au principe de responsabilité qui octroie au libéralisme donc à l’économie de marché son essence. Nous ne vivons pas dans une économie de marché débridée, mais dans une économie mixte (un peu d’Etat, un peu de marché). Les hommes de l’Etat doivent-ils plus réguler le marché, à savoir entraver la liberté des hommes qui commercent par des mesures protectionnistes ? Cette perspective pour eux est séduisante au plan électoral, puisqu’ils pourront par ce programme ratisser un large nombre de voix [ les français sont parmi les moins libéraux au monde – Preuve en est l’étude réalisée par les universitaires Frey (Suisse) et Lemmenicier (Paris II) intitulée « Ce que pensent les économistes français » selon laquelle les français sont les seuls au monde à considérer à plus de 50% que le protectionnisme est meilleur que le libre échange ]. Prôner le protectionnisme a donc pour eux un intérêt. Mais les dégâts du protectionnisme pour le consommateur, vous, moi, ne sont plus à démontrer (augmentation des prix, moindre diversité des produits). Je vous renvoie à Frédéric Bastiat. Plus, le drame profond du protectionnisme, au-delà de l’aspect marchand, c’est de conduire à la guerre. Je vous renvoie sur cette question à l’étude de Jean-Baptiste Duroselle et à cet article : http://www.contrepoints.org/2013/03...
Permettez-moi seulement d’amender certaines de vos phrases.
« Un monde de plus en plus éclaté où aucune valeur ne servirait de substrat au droit ». Le monde est de plus en plus éclaté, cela est juste. L’échange s’étend dans l’espace de plus en plus rapidement. Contrairement à ce que certains croient, la mondialisation est aussi vieille que l’homme et existe depuis que celui-ci a accepté d’échanger. Les périodes retenues sont les XII-XIIIe siècles, le XVIe, le milieu du XIXe et l’après Seconde-Guerre mondiale. Dans ce monde là dites-vous, le capitalisme, roi, serait débridé, tandis que les valeurs s’effaceraient alors qu’elles fondent le droit. Et cette situation serait la conséquence inéluctable du libéralisme. Sur la double erreur selon laquelle nous vivons dans une économie capitaliste et que cette économie est débridée, je vois renvoie au paragraphe supra. Sur l’autre question, alors, toutes choses égales par ailleurs, parce qu’on aurait laissé les hommes s’exprimer librement, échanger plus ou moins librement et pratiquer librement une religion, le droit, spontanément, serait déconnecté de toute valeur, ie de toute idée forte (« valeur » vient de valere en latin qui signifie « être fort ») fondant une civilisation. Partant, depuis le XIIe siècle, à savoir depuis que les hommes échangent, les valeurs auraient soudainement disparues. Et ce phénomène serait encore plus visible aujourd’hui, à l’heure où certains selon vous « se nuisent librement ». Voyez l’aberration de votre propos. Depuis le début de l’humanité, l’homme est vicié et vicieux. Que l’homme se nuise n’est pas nouveau. Que la loi interdise ou non une pratique ne la fera pas disparaitre. Flaubert, Carroll, et bien d’autres artistes du XIXe étaient pédophiles tout comme d’autres dans l’Antiquité. Les prostituées existent depuis la nuit des temps. Que la chose soit bonne ou mauvaise, elle est, tout simplement. Par ailleurs, le libéralisme comme le libertarianisme ne suppose pas l’absence de droit mais la réduction ou l’absence de monopole du pouvoir par l’Etat. Cela est très différent. Bien sur qu’il faut des règles communes. Je vous renvoie encore à Frédéric Bastiat, et à Friedrich Hayek (« Droit, législation et liberté », 1982).
« Le libéralisme coupé du bien engendre inéluctablement le relativisme moral et le séparatisme social. ». C’est le pompon. No coment sur la tournure holistique de votre phrase. Le libéralisme conduirait donc à des convictions telles que « toutes les valeurs se valent » et pousseraient les individus à se mélanger uniquement à des gens qui leur ressemblent. Sur la seconde question, il n’y a AUCUN problème à ce que vous, moi, le voisin préfèrent côtoyer des gens partageant plus ou moins les mêmes goûts et voyant la vie à leur manière. Les gens sont libres de choisir leurs amis et connaissances. Il faut arrêter de critiquer le communautarisme. Ce n’est pas un mal, mais une attitude purement humaine que de désirer se rassembler en communautés d’affinités par delà le monde. Par ailleurs, sur la première question, votre propos est fortement erroné. La tolérance consubstantielle au libéralisme ne signifie pas que toutes les pratiques soient acceptables. Le libéralisme est TOUT sauf relativiste, ne serait-ce parce qu’à travers lui l’homme est libre et responsable et qu’en lui réside des préférences et des valeurs exprimées dans l’action humaine. Or les valeurs et les préférences sont subjectives. Les hommes ne sont pas tous identiques et là où certains préfèreront la musique Classique, d’autres auront foi dans le rap. Si les hommes ne sont pas égaux, toute valeur ne se vaut pas. Fort à parier que la musique Classique perdurera encore dans les siècles futurs contrairement à celle du chanteur du 9/3. Je suis libérale et pourtant j’admets comme de nombreux autres qu’il y a un esthétisme en certaines choses et de la médiocrité dans d’autres. Non, la diffusion mondiale des produits culturels n’équivaut pas à considérer que tous se valent même si leur importance diffère selon les individus.
Pour vous, le libéralisme laissant libre les personnes (d’adopter des comportements immoraux) introduirait de facto dans l’esprit de certains des slogans tels que « à chacun sa vérité », « à chacun sa morale ». Attention, tolérance n’est pas relativisme. Un libéral sait qu’il y a des limites à sa liberté (c’est celle d’autrui), comme des opinions vraies et fausses, comme des pratiques recommandées ou non. Selon vous, tout serait permis à travers le libéralisme : il serait la loi de la jungle. Je le répète, le libéralisme N’INDUIT PAS l’absence de droit. Et par ailleurs, la limite de la liberté est la responsabilité. Si les hommes sont libres, ils ont le devoir d’être responsables de leurs actes. Libéraux comme libertariens ont à cœur ce principe. Ludwig Von Mises, libéral Autrichien, dit lui-même du relativisme que « c’est une attitude de fanatiques bornés, qui ne peuvent imaginer que quelqu’un puisse être plus raisonnable ou plus intelligent qu’eux-mêmes. ».
Par pitié, méditez un instant sur les lignes qui suivent.
« Une conséquence du relativisme moral est que "tout est permis", puisqu’il n’y a pas de critère fiable permettant d’apprécier une action. Le libéralisme n’est en aucune façon un relativisme moral, contrairement à ce que prétendent certains qui se fondent sur l’individualisme qui est à la source du libéralisme pour en tirer des conclusions hâtives. Tout comportement, toute action peuvent être jugés comme conformes ou non à l’éthique libérale, qui repose sur l’axiome de non-agression, et un tel jugement s’applique à n’importe quel type de culture ou de société. Pour les libéraux et les libertariens, il s’agit bien d’un critère objectif, qui permet de juger aussi bien une politique donnée, qu’une religion ou une philosophie, non pas en elles-mêmes (le libéralisme n’a pas cette prétention), mais dans les rapports sociaux qui en découlent. En revanche, le libéralisme accepte profondément la différence, et, tant que l’axiome de non-agression est respecté, il n’a aucun problème à reconnaître la diversité des cultures, des moeurs, des religions, des éthiques personnelles, des opinions, etc. Les libertariens jusnaturalistes sont les plus grands adversaires du relativisme, qui pour eux règne dans les sociétés contemporaines à travers le positivisme juridique et le droit positif ».