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Faites entrer l’accusé : Son Éminence Raymond Leo cardinal Burke, 66 ans, préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique, numéro trois de l’Église universelle, actuellement en train de faire ses bagages et de quitter son dicastère sur demande expresse du Pape. Il va rejoindre le cardinal Mauro Piacenza, l’archevêque Guido Pozzo et l’évêque Giuseppe Sciacca dont le Souverain pontife s’est déjà débarrassé au début de son élection.
Que lui reproche le Pape François ? D’être un odieux conservateur. Pire : d’être quasiment le seul conservateur encore en lice, tenant bon devant l’invasion massive de cardinaux libéraux aux postes clefs, organisée méthodiquement par François depuis son élection. Bien pire encore : avoir osé s’opposer au Souverain pontife lors de la persécution organisée par la nouvelle Curie à l’encontre des franciscains de l’Immaculée, sur une solide base de droit canon dont il est le spécialiste incontesté.
Il y a deux semaines lorsque j’ai eu l’honneur de passer quelques jour en sa compagnie il m’avait glissé à l’oreille à ce sujet : « Les franciscains me disaient “Prions, la Vierge Marie nous protègera de toute façon.” Ce à quoi j’ai répondu “Oui, mais la Vierge Marie s’attend à ce que vous utilisiez le droit canon.” » Le cardinal Burke est de surcroît un homme très charitable et pieux : dernier couché et premier levé pour prier, il s’est montré extrêmement bienveillant avec le moins-que-rien que je suis.
Sa sentence ? Le cardinal Burke sera très prochainement mis sur le banc de touche, rumeur que je suis en mesure de confirmer, non pas archevêque de Chicago comme certaines rumeurs portaient à croire, mais à un poste honorifique sans aucun pouvoir pour la direction de l’Église. En clair : le Pape François limoge l’expert connu et reconnu du droit canon, à quelques jours de l’ouverture du Synode sur les familles –auquel Burke n’avait même pas été convié, alors que son poste lui en donnait le droit- durant lequel sera débattue l’épineuse question de la communion des divorcés-remariés.
Je suis d’habitude plutôt du côté du Pape François, et suis persuadé que la critique facile du Souverain pontife est l’apanage de beaucoup d’intégristes qui dans leur orgueil pensent qu’ils vont sauver l’Église, alors que c’est l’Église qui nous sauve, mais y a-t-il une précédente institution qui, à la veille de l’ouverture d’un grand débat, a limogé systématiquement tous ses opposants ? Oui, l’Union soviétique.
La communication bien rodée du Pape François, son air d’ours en peluche joufflu qui fait coucou aux enfants et prends des selfies avec les ados étoufferait presque ce comportement digne de n’importe quel dictateur sud-américain. Le remplacement systématique de tous les cardinaux conservateurs, pourtant reconnus pour leurs qualités et sélectionnés ou confirmés par Benoit XVI, laisse craindre un déséquilibre très dangereux. Comment l’Église aspire-t-elle à trancher sur ces questions centenaires en menant un débat unilatéral ? La meilleure façon de répondre à des questions aussi complexes et aussi engageantes pour la Doctrine est-elle de se priver de tous les spécialistes dont l’avis diverge ?
L’étincelle ? Sa contribution avec d’autres survivants conservateurs au livre Remaining in the truth of Christ, dans lequel il réaffirme le caractère indissoluble du mariage, d’où le caractère adultérin du remariage après un divorce, d’où le sacrilège de leur communion (livre à paraître quelques jours avant l’ouverture du synode). Ce n’est certainement pas très "gentil". François voudrait surement une Église de gentils. Mais la vérité n’est parfois pas très gentille. On dirait que le Pape se laisse emporter par l’esprit du monde qui traite chaque problème à la lumière des sentiments. Ils s’aiment ? Marions-les. Ils ne s’aiment plus ? Qu’ils se séparent. Pour des questions aussi profondes, la raison et la prière doivent primer. Un gouvernant qui voudrait lancer de tels débat dans le climat de purge qui règne actuellement au Vatican révèle lui même sa faiblesse. Quand on a la vérité, on a la sérénité.
Si bien entendu le Pape a le droit de légitimement choisir l’équipe avec laquelle il veut travailler, on peut s’interroger sur les qualités d’un homme, censé être d’Église et de bonne volonté, qui remise aussi violemment un personnage aussi éminent que le cardinal Burke. Même la forme n’y est pas : d’autres solutions existaient et ont déjà été utilisées comme reléguer Burke à un rôle moins important de la Curie.
On peut aussi s’interroger sur le message envoyé aux fidèles, quand un pape limoge tous les cardinaux proches de ses prédécesseurs. Faudrait-il entrevoir ici que l’actuel pape pense que Benoit XVI et Jean-Paul II — qui a promu Burke évêque de Saint-Louis en 2003 — se sont tout bonnement trompés sur son cas ?
Ce limogeage fait déjà et va faire grincer beaucoup de dents. Pire, si la stratégie visant à faire passer en force la communion des divorcés-remariés lors du synode est bien une réalité, elle pourrait conduire à des divisions encore plus profondes dans l’église. Beaucoup de cardinaux refuseront de rester fidèles à un pouvoir qui contredirait fondamentalement le message du Christ : « Ce que Dieu a uni, que l’Homme ne le sépare pas. »
Vous avez été nombreux à réagir, à protester où à me témoigner de votre soutien notamment par email. Beaucoup m’ont rappelé le caractère divin de l’Église, et donc la confiance qu’il fallait avoir à son égard, loin des intrigues politiques.
Cet article fut également pour moi l’objet de quelques critiques et attaques personnelles quant à ma fidélité au Saint-Siège. Elles sont malheureusement bien souvent la conséquence d’une lecture partielle de mon article, menant à une conclusion hâtive et lapidaire. Ce n’est pas parce qu’on essaie de comprendre ce qui se trame au Vatican qu’on plonge dans la désobéissance ; contrairement à l’adage bien connu dans certains milieu militaires : réfléchir ce n’est pas toujours désobéir.
Je pense toutefois utile d’apporter quelques clarifications, compléments et mise-à-jour.
Je tiens pour finir cette mise au point à rassurer le lecteur en confirmant ma fidélité au trône de Pierre. Il ne s’agit pas ici d’attaquer le Pape François, mais d’exprimer une anxiété quant à une stratégie qui semble se profiler. Bien entendu, l’obéissance reste de mise, et beaucoup d’éléments sont évidemment hors de ma portée. J’aspire seulement par le biais de cet article à vous faire part de mes craintes, légitimes, qui sont partagées par beaucoup d’autres catholiques comme en témoigne la répercussion qu’à eu mon article.
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