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Croissez et multipliez les capitaux

11 mai 2012 Bougainville

A force d’abattre les barrières sociétales, politiques et idéologiques, le capitalisme tardif brouille tous les repères. Nouvel exemple.

Sur une autre rive de l’Atlantique, l’Etat américain de Caroline du Nord a voté à plus de 60 % en faveur d’un amendement constitutionnel qui interdit le mariage homosexuel. Un résultat peu surprenant, compte tenu de la forte population chrétienne évangélique locale, dont un des représentants, le vieux et célébrissime pasteur baptiste Billy Graham, a pris publiquement position pour défendre le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme. « A l’âge de 93 ans, je ne pensais pas que nous aurions à débattre de la définition du mariage », a-t-il écrit dans la presse.

Pour les médias, la cause est entendue. Billy Graham et ses coreligionnaires protestants, avec qui on associe les catholiques et les autres chrétiens opposés au mariage gay, sont d’affreux conservateurs, gardiens du Vieux monde, d’une mentalité dépassée, contre les gentils progressistes gay-friendly, audacieux et situés dans le sens de l’Histoire.

Mais voilà que l’ancien président Bill Clinton, s’adressant aux électeurs de Caroline du Nord, avait tenté de les convaincre que l’amendement était une menace pour... la bonne santé du libéralisme économique ! Selon lui, ce texte mettait en danger la capacité de l’Etat « à conserver de bonnes entreprises, attirer des nouveaux emplois et garder des entrepreneurs talentueux. »

Le masque tombe : ou bien Bill Clinton doit avouer que, selon lui, tous les entrepreneurs et les créateurs d’emploi sont des activistes LGBT, ce qui est ridicule, ou bien, il doit concéder que, derrière la revendication du mariage gay, se cachent d’aigües considérations matérielles, qui cherchent à commercialiser le bien-être et faire accepter les pulsions de consommateur en normes sociales. Ce qui est gênant, car, ce faisant, le sympathique Clinton et sa cohorte de « progressistes » idéalistes, rêvant d’un avenir meilleur et plus généreux, se retrouvent en hamonie avec l’icône du monde qui s’effondre, le requin Lloyd Blankfein, l’apôtre de la finance à bout de souffle et du mariage homosexuel, dont il a une définition très précise : « c’est du bon business ! » [1]

Qui est « conservateur », finalement ? Les acharnés du militantisme LGBT, qui sont les produits d’une époque révolue, les décennies 1990, celle du triomphe du libéralisme, et 2000, celle de sa traduction débridée en politique, ou les chrétiens, attachés à des valeurs immatérielles, mais également à des enjeux d’avenir, comme la crise écologique, qui fait tout récemment l’objet d’un rapport des évêques français [2] ?

Ce sujet, caricaturé par certains, largement ignoré par d’autres, est profondément spirituel et pastoral, comme l’évoque le document commun entre l’Eglise catholique américaine et l’Eglise méthodiste unie, publié fin avril et intitulé Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire  :

"Catholiques et méthodistes, nous croyons que notre célébration de l’Eucharistie peut nous aider à voir la gloire de Dieu dans toute la création et ainsi nous aider à une meilleure sauvegarde de l’environnement. (...)
 
Le renouveau de notre foi eucharistique et de notre responsabilité environnementale sont intrinsèquement liés. Séparer ces deux domaines mène à un discours incomplet et faussé, a un témoignage évangélique diminué de la gloire de Dieu. Une réponse chrétienne à la crise écologique, aux dégradations environnementales et aux défis de la justice climatique ne peut être ajustée que si elle intègre pleinement le sens de l’émerveillement devant le don divin de la Création."

Sans doute les médias trouveront ces initiatives et ces réflexions prophétiques trop conservatrices. En tout cas, jusqu’à ce que l’Eglise méthodiste unie (on s’en sort toujours mieux avec les protestants qu’avec ces infâmes catholiques romains) accepte le mariage homosexuel. Dieu merci, une énième offensive des sympathisants des lobbies LGBT au dernier rassemblement mondial de cette communauté chrétienne a échoué [3].

NB : précisons à nos lecteurs que ce qui est en cause ici n’est pas la dignité des personnes homosexuelles, comme le rappelle le Catéchisme de l’Eglise catholique, mais les pressions politiques sur les Etats et les communautés chrétiennes pour leur imposer le mariage gay.

11 mai 2012 Bougainville

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