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Christian Vanneste répond au R&N : « Il faut une meilleure connaissance du fait religieux en France »

1er décembre 2011 Jean Herbottin

Christian Vanneste est député de la dixième circonscription du Nord depuis 1993. Il fait partie des différents partis de la droite depuis 1968. Aujourd’hui à l’UMP, il fait partie de la droite populaire. Habitué à la franchise, il a été critiqué à de nombreuses reprises par ses adversaires l’accusant de populisme, notamment sur les questions d’homosexualité, ou sur son refus de l’isolement du Front-National. Enseignant en philosophie, il est parmi les députés ayant condamné la théorie du genre à l’école. Chrétien affirmé, il fut un des seuls députés à prendre position en faveur de Benoît XVI suite à ses déclarations sur le préservatif en Afrique. Attaché à la famille et au mariage, il s’oppose fermement au mariage de personnes du même sexe, et à l’adoption par des couples homosexuels.

Le mercredi 30 novembre 2011, l’abominable Paysan breton a interrogé le député Christian Vanneste, qui a accepté de répondre à nos questions dans son bureau de l’Assemblée nationale. Se livrant simplement, avec sa franchise habituelle, il nous a rappelé qu’il était un homme de convictions. Loin de toute langue de bois, réfutant les accusations de populismes proférées à son endroit, il nous a donné sa vision du christianisme dans la cité, et notamment du christianisme politique. Le Rouge & le Noir vous livre l’intégralité de l’entretien, et remercie le Député pour son temps et sa sincérité.

Entretien :

Paysan breton : Monsieur le député, je vous remercie d’avoir accepté de répondre aux questions du R&N, et surtout avec autant de rapidité. Nous allons commencer cet entretien avec un sujet d’actualité assez brûlant : les pièces de théâtre de MM. Castellucci et Garcia ont suscité de vives réactions parmi les catholiques, certains ayant manifesté en masse à Paris, à Rennes, et hier encore à Lille contre la « christianophobie ». L’on a vu des évêques, comme monseigneur Centène ou monseigneur Brincard, critiquer violemment ces pièces. Le Cardinal XXIII a lui-même pris position contre le « Golgota pic nic ». La question que relèvent nombre d’observateurs porte sur la liberté d’expression. S’il est vrai que les artistes y ont le droit. Mais il apparaît que les manifestants sont vertement critiqués par les médias, alors qu’ils exercent leur propre liberté d’expression. La question que je veux vous poser est double : estimez-vous que ces manifestations sont légitimes, et pensez-vous qu’il y a une véritable « christianophobie » en France aujourd’hui ?

Christian Vanneste : J’aurais quatre choses à dire. La première, c’est que notre pays, Dieu merci, laisse une grande place à la liberté d’expression, qui a deux aspects, à savoir celle des auteurs, même si on peut être réservé sur elle, et bien sûr celle des manifestants, qui estiment qu’il y a là une insulte aux valeurs chrétiennes. Ils sont totalement légitimes, évidemment. Tant que ces manifestations ne sont pas violentes, j’estime qu’elles le sont. Il y a une seconde chose, c’est que l’Eglise devrait manifester contre ces pièces, et dire clairement qu’elles insultent la Foi, qu’elles insultent les croyants, qu’elles insultent l’image du Christ. Qu’elle ose le dire ! C’est son devoir de le dire ! J’ai vu qu’un certain nombre d’évêques avaient pris position, ce n’est pas le cas de monseigneur Ulrich, par exemple, et je le déplore. Quoique ça ne m’étonne pas quand je vois l’environnement très socialiste de cet évêque. Troisième chose, il faut savoir s’il y a une intervention des deniers publics. Moi je ne suis pas contre le fait que ces œuvres soient jouées. A la limite, je ne crains qu’une chose, c’est qu’à force de manifester devant, on y amène un public plus large. C’est la seule chose que je déplore. Je ne critique pas les manifestations, je dis simplement que j’espère qu’elles n’auront pas d’effet contreproductif par rapport à nos valeurs.

Donc, est-ce que ces pièces bénéficient de fonds publics ? Ce qui serait choquant. Il faudrait le dénoncer avec force. Je pense que les fonds publics sont très souvent orientés, d’une certaine manière, souvent hostiles au christianisme et aux valeurs les plus fortes de notre pays. Je pense qu’il est bon qu’on s’en inquiète, et que l’on fasse barrage contre cette évolution qui est tout à fait contestable. Enfin, il y a une dernière chose, c’est que manifestement, il est plus facile de s’attaquer aux valeurs chrétiennes qu’à d’autres valeurs. D’un côté, il y a des manifestations, de l’autre, on fait sauter un bureau de presse. Ça n’est pas du tout la même chose. D’un côté on a l’exercice d’un droit, de l’autre du terrorisme. J’ai entendu une journaliste demander au dessinateur de Charlie Hebdo s’il croyait pas être allé un peu fort… Ce qui veut dire que d’une certaine manière, elle semblait comprendre l’acte de terrorisme, alors qu’elle n’aurait pas du tout la même attitude quand il s’agit de manifestations chrétiennes. Je pense qu’il y a dans notre pays un véritable problème de déséquilibre de l’information et de la neutralité qui devrait être celle des médias, notamment à l’égard des valeurs chrétiennes. Je crois que ça tient à leur profonde ignorance. A l’ignorance qui fait que beaucoup de jeunes journalistes, assez incultes, ne se rendent pas compte que, même si on n’est pas croyant, le christianisme, et le catholicisme en particulier ont joué un tel rôle dans notre pays que l’on doit au moins rendre hommage à ce rôle… Vous savez, je pense qu’ils n’ont pas lu… Ils n’ont pas lu Chateaubriand, ils n’ont pas lu Le Génie du Christianisme... Enfin il faudrait leur rappeler que beaucoup de nos textes littéraires, beaucoup de nos beaux édifices, qu’une bonne partie de notre musique, que pratiquement toute l’origine de notre peinture tient à la présence du catholicisme en France. Alors au moins, ils pourraient être un peu respectueux et un peu modestes quand ils l’attaquent.

J’ajouterais peut-être un cinquième point, d’ailleurs… Ce que je crains le plus, c’est que dans le fond, des artistes dénués du moindre talent se réfugient dans l’offense, dans l’injure, qui était à la mode au début du vingtième siècle. C’était à l’époque nouveau, maintenant, c’est ringard, c’est pratiquement académique, et cela montre que ces gens-là sont les pompiers d’aujourd’hui, c’est-à-dire des artistes dénués de valeur.

Paysan breton : C’est en effet ce qu’écrit René Girard, pour qui nous avons chez le R&N une profonde admiration. L’art ne consisterait plus en une création originale, mais dans la recherche de la provocation et de l’outrance.

Christian Vanneste : Oui, je l’ai lu, effectivement. Mais, Dieu merci, tous les artistes ne sont pas comme ça ! Prenez Mathieu, que j’aime beaucoup, c’est quelqu’un qui, tout en étant très moderne dans le geste, avait ce grand respect de l’Histoire et des traditions, et a toujours été très respectueux.

Paysan breton : Mais pensez-vous qu’il existe aujourd’hui une véritable « christianophobie » en France ?

Christian Vanneste : Enfin, si tant est qu’on puisse parler en ces termes… Je n’aime pas beaucoup les mots « phobie ».

Paysan breton : Disons de l’antichristianisme…

Christian Vanneste : Oui, disons ça… Les mots en « -phobie » n’ont pas grande valeur, parce qu’une « phobie », théoriquement, c’est une maladie mentale, il faut bien voir ça… C’est une peur panique de quelque chose. Aujourd’hui, c’est simplement le fait de ne pas aimer, de critiquer, etc, et de critiquer d’une manière acérée et stigmatisante. Oui, je pense que beaucoup s’en prennent au christianisme, je pense surtout que parce que c’est plus facile, et que ça fait partie, et là c’est plus grave, on y retrouve peut-être le pathologique, ça fait partie de cette curieuse détestation que certains intellos de gauche ont de leur propre pays, de ses valeurs et de ses traditions. Alors je sais bien que ça repose en grande partie sur leur inculture, mais c’est quand même pathologique de détester à ce point ce dont on s’est nourri.

Paysan breton : Changeons de sujet à présent. L’Eglise a prié samedi dernier pour la Vie. L’on a pu assister, dans de nombreuses paroisses du monde entier, dont à Paris, à des veillées pour la Vie. L’on connait le caractère sensible que les questions de défense de la Vie et d’éthique ont dans notre société. A l’Assemblée Nationale, les questions de bioéthique notamment provoquent des débats passionnés, qui reviennent au gré du réexamen de ces lois. Certains pointent un amoindrissement de la protection de la Vie de loi en loi. Pensez-vous que les assauts de la science finiront par venir à bout des dernières barrières ?

Christian Vanneste : Ca n’est pas la science qui est responsable, pas directement. Là aussi, je fais plusieurs remarques. La première : si la gauche gagne en 2012, il y aura évidemment une reconnaissance du droit à l’euthanasie. C’est une évidence… Il faut que tous les chrétiens en soient bien conscients. La deuxième chose, c’est que ce qui porte ce mouvement, c’est l’hédonisme qui est dénoncé par le Saint-Père de façon très régulière. C’est bien l’hédonisme matérialiste. En gros, « si ça ne nuit à personne, pourquoi ne pas le faire ? ». C’est vrai pour beaucoup de comportements… on estime que, après tout, porter atteinte à quelqu’un qui veut mourir, c’est pas vraiment lui faire du mal, alors pourquoi pas lui faciliter la mort, comme on pourrait lui faciliter la vie. De la même manière, un fœtus ne serait pas un être humain, pour beaucoup, c’est quelque chose d’un peu gênant, dont on peut se débarrasser. Vous voyez, c’est l’hédonisme matérialiste qu’il y a derrière tout ça… La science ne fait que donner les moyens à ce courant, qui est sans doute le plus fort. Alors il faut voir que c’est très dangereux, parce qu’il se développe indépendamment des questions morales, éthiques, religieuses, que l’on peut respecter. En fait, cela tend à aplanir totalement le champ social. Cela dé-moralise, au sens double, d’enlever à la fois de la morale, mais aussi du moral à la société. Ça va amener une société qui va se coucher en permanence, qui n’aspirera plus à quelque chose qui la dépasse… Je pense que c’est particulièrement grave. La semaine dernière, on m’interrogeait sur la prostitution, et je disais que la France avait l’honneur d’avoir toujours défendu l’idée que l’on ne doit pas vendre quelque chose d’humain, une partie de l’Homme, que le don du sang devait être gratuit, et que curieusement, elle tolère la prostitution, c’est-à-dire le don, dans un temps limité, certes, mais complet, du corps. C’est vrai qu’on devrait aller dans cette direction, disant que la France ne veut pas utiliser le corps humain comme une chose, mais comme une fin infiniment respectable. C’est une idée forte, mais on ne va pas dans ce sens-là, voyez-vous. Parce que le courant naturel des choses, c’est de diminuer les difficultés. C’est la pente. Seuls les gouvernements forts ont le courage de remonter la pente. C’est ce qu’a fait le général de Gaulle, par exemple. Cela étant dit, si l’on pense à l’avortement, il a été accepté par un gouvernement de droite… C’était pas le général de Gaulle !

Paysan breton : Mais l’on s’aperçoit sur ces questions d’éthique qu’il existerait un mouvement totalisant, à savoir que toute voix s’élevant contre l’avortement, mais dépassons la bioéthique, sur les questions du mariage homosexuels, dont vous avez fait les frais, notamment par cet échange musclé avec Benjamin Lancar…

Christian Vanneste : Oui, enfin échange musclé… Je ne connais pas ce bonhomme, qui, par ailleurs, a vanté les mérites de Pierre Laval… C’est surtout quelqu’un d’une ignorance crasse, dont je m’étonne qu’il puisse être le président des jeunes de l’UMP. C’est une véritable insulte pour les jeunes de l’UMP. C’est grave, une personnalité aussi dénuée de valeurs, aussi dénuée de connaissances, de tout ce qui fait un homme politique… Qu’il puisse avoir des responsabilités politiques, c’est consternant.

Paysan breton : Mais sur les questions sociales, il apparaît de plus en plus difficile de s’exprimer, notamment sur les questions de bioéthique…

Christian Vanneste : Non, c’est inexact. Sur les questions de bioéthique, nous sommes très nombreux à défendre ces valeurs essentielles à l’Assemblée, et nous avons gagné. Avec quelqu’un comme Jean Léonetti, par exemple, nous avons défendu l’idée que le corps humain n’était pas une machine, que les mères porteuses, que l’assistance médicale à la procréation n’étaient pas du tout des valeurs respectables. C’est aussi Jean Léonetti qui s’est opposé avec nous à la mise en place d’une loi facilitant l’euthanasie, chose à laquelle est favorable monsieur Lancar, alors que nous avons tous voté contre. Donc il ne faut pas être inquiet sur ces questions-là. Sur les questions d’homosexualité, c’est plus gênant dans la mesure où il y a un lobby actif qui est très présent dans les médias et à l’UMP, et qui arrive, sans qu’il lui en coûte, d’ailleurs, à prendre des positions radicalement différentes de celles que nous prenons à l’Assemblée. Ça, c’est plus inquiétant. Au-delà de ça, il y a quelques mouvements philosophiques, bien connus, très puissants en France, et ailleurs, depuis le XVIIIe siècle, qui défendent ces avancées qu’ils considèrent comme allant dans le sens du progrès, dans la mesure où elles consistent à promouvoir l’individu roi contre tout ce qui institutionnalise les relations sociales, c’est-à-dire la famille, la nation, etc. Mais dans ces obédiences, il y a des courants différents, puisque certains défendent les mêmes positions que les miennes, que ce soit sur l’homosexualité ou que ce soit sur la bioéthique.

Paysan breton : Revenons sur des questions plus spécifiquement chrétiennes. J’aimerais avoir votre sentiment sur ce qu’est le christianisme dans la société française aujourd’hui.

Christian Vanneste : Si vous voulez, c’est tout, c’est pas grand-chose et c’est rien… C’est tout, dans la mesure où nous sommes une société chrétienne. Je disais un jour devant monseigneur Defois, ancien archevêque de Lille, que la France était le pays qui avait pour origine le royaume des Francs, et ce royaume a été le glaive du pape, notamment contre les hérésies. C’est ça qui a fondé la France.

Donc le lien entre la France et le christianisme, et j’irais plus loin, le catholicisme, est évident. Ceux qui l’ignorent sont de grands ignorants… On ne peut pas comprendre l’histoire de France sans cela. C’est l’analyse de Marc Bloch, qui, comme vous le savez, était juif, résistant, grand historien, et qui dit cette phrase extraordinaire : « on ne peut pas comprendre l’Histoire de France si on ne vibre pas au souvenir du sacre de Reims, et au récit de la fête de la Fédération ». Par-là même, il montre que ce que nous fêtons le 14 juillet, ça n’est pas la prise de la Bastille, contrairement à ce que pensent toujours les ignorants, mais l’année suivante, en 1790, où le roi assiste à une messe célébrée par monseigneur Talleyrand : C’est la France réunie autour d’une monarchie constitutionnelle chrétienne qui est en train de naître. Et malheureusement, les extrémistes, qui sont toujours à l’œuvre en France, la gauche de l’époque, a fait sombrer cette évolution, qui était sans doute la meilleure possible pour la France… Donc je crois que Marc Bloch montre à quel point le christianisme, c’est tout, dans ce pays. Chaque fois qu’on nie cette réalité, on nie l’essence même de la France, on lui tourne le dos.

Alors, maintenant, dans nos institutions, c’est pas grand-chose, dans la mesure où une grande partie de ces institutions, une grande partie des discours politiques s’appuient sur cette fameuse « quatrième valeur », qui serait la laïcité, bon… le Président de la République a d’ailleurs heureusement dit que la laïcité devait être positive, c’est-à-dire une laïcité qui reconnaît la valeur de la Religion, et ne nie pas son existence, mais on se rend bien compte que souvent, pour ceux qui parlent de laïcité, ça consiste à penser que la Religion ne soit plus qu’une sorte de philosophie réfugiée dans le cerveau… C’est complètement faux. Une religion est manifestement un phénomène qui est social. C’est un phénomène qui a deux dimensions, exactement comme la croix : verticale, c’est-à-dire que ça a une aspiration à la transcendance, au spirituel, mais aussi horizontale, parce que c’est un lien entre les croyants, mais également un lien entre les hommes, les femmes, et le bien commun qui les réunit au sein d’une société. Souvent, on ignore cet élément. C’est ce qui fait que la religion est marginalisée… Elle est insuffisamment présente dans l’enseignement. Beaucoup jeunes ignorent ce que c’est. La religion est même raillée, maltraitée.

Donc, ça n’est pas grand-chose, aujourd’hui, et c’est même rien, dans la mesure où elle est de plus en plus niée. Ce qui faisait la religion, c’était la distinction : distinction entre le spirituel et le temporel. Aujourd’hui, qu’y a-t-il encore de spirituel dans notre société, je vous le demande… Distinction entre les hommes : le clergé et les fidèles. Malheureusement, le clergé est de plus en plus invisible : soit parce qu’il est rare, soit parce qu’il se cache. Je voudrais des prêtres qui se voient, et dont on parle autrement que pour des affaires sordides. Enfin, concernant les jours de la semaine, je me suis battu contre le travail le dimanche, parce que j’estime que l’année, le mois, la semaine, scandés par les fêtes religieuses, c’est ça qui forme une société… Or, le président de la République a été le premier à dire que si les gens veulent travailler, c’est très bien comme ça… En oubliant que le dimanche ne peut pas être un jour comme les autres, et que, même si on n’est pas croyant, c’est le jour que l’on doit consacrer à sa famille. Mais on arrive toujours à cette même idée des individus, tous identiques, la foule solitaire, que ne réunit plus qu’une seule chose : l’hédonisme matérialiste.

Paysan breton : Le problème du christianisme en France aujourd’hui, semble-t-il, comme le dit Rémi Brague, porte aussi sur sa vision. On en parle comme un corpus de valeur, alors qu’il s’agit avant tout de l’Eglise du Christ. On peut dire qu’il y a une dimension inconciliable, finalement, de par la méfiance à l’égard de la religion, avec la laïcité telle qu’elle est perçue. Pensez-vous qu’aujourd’hui, une véritable « réconciliation » est possible ?

Christian Vanneste : Je pense que la première chose, c’est qu’il y ait une meilleure connaissance du fait religieux. Il est très mal connu par les français, qui s’en sont séparés. Vous trouvez même chez des gens intelligents, par exemple, un traitement parfaitement égal de l’islam et du christianisme. Alors il faut respecter l’islam, bien sûr. Je vais personnellement souhaiter un bon Aïd aux fidèles dans ma circonscription, je vais faire un discours avant la prière, cela n’a rien de choquant.

Ce que je dis n’est pas du tout choquant pour un chrétien, car je rappelle qu’il y a des valeurs communes, comme l’attachement à la famille, par exemple. En revanche, il faut savoir qu’entre l’islam et le christianisme, il y a des différences profondes. L’idée même de laïcité est une idée chrétienne. C’est évident. La laïcité, c’est ce qui appartient par opposition aux clercs. Ce qui est laïc, c’est ce qui est temporel, par rapport au spirituel. Cela fait qu’il y avait deux pouvoirs, c’est-à-dire un pape et un empereur, et ils n’étaient pas toujours d’accord, loin s’en faut. Après, il y a eu des rois, qui se sont mis à faire gifler des papes, ou les enfermer à Avignon. Il y a eu constamment une lutte, ce qui fait que le pouvoir a toujours été limité chez nous. C’est Amin Maalouf qui l’a très bien montré. C’est dans la mesure où il y avait un pouvoir spirituel, certes très fort, mais qui n’était pas le seul pouvoir, et qu’il y avait en face des pouvoirs temporels qui eux-mêmes avaient un pouvoir en face, que nous avons évolué vers des régimes de plus en plus « libéraux », pour ne pas dire démocratiques. De la même façon, et contrairement à ce que pensent les ignorants, qui pensent que le moyen-âge était une épouvantable dictature cléricale, mais ça n’est pas vrai du tout, c’est absurde. Le moment où l’on a été le plus proche du totalitarisme, c’est le moment où les rois se sont emparés du pouvoir spirituel. C’est la Réforme qui l’a introduit. Quand le Pape a perdu son pouvoir dans un certain nombre de pays, et que les rois ont eu le pouvoir temporel, et le pouvoir spirituel, c’est à ce moment-là que l’on a été le plus menacé. D’ailleurs les plus grands auteurs totalitaires naissent dans ce cadre, comme Hobbes. C’est très typique. Et immédiatement, il faut se dire que la séparation des pouvoirs, et la limitation qui tient de leur séparation, est une idée typiquement chrétienne, et catholique, en fait. « Il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». C’est très clair.

Alors quand on prend bien ça en compte, on se rend compte que les musulmans ne l’ont pas. On peut même dire que c’est le contraire. Le pouvoir politique a tout de suite été un pouvoir religieux, puisque Mahomet s’est imposé par la guerre. Il s’est réfugié à Médine, et prend la Mecque par la force, et y fait régner un pouvoir à la fois religieux et politique. C’est un peu un Savonarole qui aurait réussi. Quelle est l’agora, chez les musulmans ? C’est la mosquée : c’est le lieu de vie sociale. Ça n’est qu’après, en fait, que se développe une séparation. Ce qui pour nous est fondamental, est pour eux un produit de l’Histoire : C’est la séparation entre le Sultan et le Calife. Et cela ne dure pas longtemps. Sous les Seldjoukides, il y a un calife abbasside qui règne à Bagdad, mais ce sont les turcs qui ont le pouvoir politique. Là, il y a une séparation, mais ensuite, cela bascule totalement du côté politique. Cela s’arrête quand Atatürk abolit le Califat, que certains veulent voir rétabli. Mais qu’est-ce que ça veut dire, rétablir le Califat ? C’est rétablir l’unité du pouvoir spirituel et temporel. C’est moins vrai chez les chiites, ça. J’étais la semaine dernière au Liban, dans le cadre d’un colloque sur l’avenir des chrétiens au Moyen-Orient, et je discutais avec le supérieur des dominicains de Bagdad, et qui me disait que les chiites étaient, d’une certaine manière, dans leur rapport du politique et du religieux, plus proche des chrétiens que des sunnites, dans la mesure où chez eux, il y a un clergé. En Iran, par exemple, les problèmes viennent surtout de la dualité de pouvoir entre le président de la république et le guide suprême. Cela montre qu’il peut y avoir des marges positives de progression. Mais là encore, il faut connaître ces différences. Il n’y a rien de honteux d’être chrétien, bien au contraire. Le péché serait peut-être même d’en tirer un peu trop de fierté.

Paysan breton : Vous parliez d’éducation, mais l’on voit un problème faire surface : la démolition générale de l’édifice, avec par exemple la théorie du genre, qui est une horreur.

Christian Vanneste : C’est épouvantable, ça…

Paysan breton : Mais l’on remarque depuis des années, sans doute depuis déjà le général de Gaulle, lorsqu’il laissa l’éducation à la gauche, on assiste à un effondrement de l’enseignement, si bien que l’on pourrait dire, face au niveau de plus en plus faible qui est celui des élèves, que se constitue un nouveau clivage, un nouveau « clergé », non pas au sens religieux, mais au sens d’une élite et d’un peuple ignorant, élite imposant ses codes, ses modes, avec ses discours et ses matraques.

Christian Vanneste : Oui, il y a en France une véritable oligarchie qui tient le pouvoir. Alors ce ne sont pas les professeurs, mais les manipulateurs de symboles, c’est-à-dire les communicants : journalistes, producteurs d’image, etc… Ces gens-là décident : vous avez le personnel politique, les publicitaires, les grands médias, les boîtes liées aux nouvelles technologies, et qui cultivent une idéologie hédoniste et matérialiste, et qui dirigent le pays en pensant que la plupart des personnes appartenant au peuple sont incapables de se diriger elles-mêmes. Le mot « populisme » est de ce point de vue assez clair : « Ah non, attention, ça, c’est populiste »… Ce sont les idées du peuple, donc c’est mauvais, quoi… Ces gens-là ne sont pas démocrates, en général. Ce sont des médiocrates.

Paysan breton : D’ailleurs l’on voit bien souvent le terme de « dérapage » qui peut y être associé…

Christian Vanneste : Oui, tout à fait. Ce que vous dites est juste, il y a une sorte de clergé qui fixe ce qui doit être la bonne pensée : l’orthodoxie, voilà, et si vous vous en écartez, c’est l’hérésie, et donc c’est le dérapage. Voilà, c’est très curieux, cette espèce d’inversion totale des valeurs.

Paysan breton : Oui, car on assiste à une espèce de chasse aux sorcières, avec les affaires Zemmour, Ménard…

Christian Vanneste : Absolument ! J’ai eu l’occasion de dire une fois, face à ceux qui disaient « Vanneste a encore dérapé », que quelqu’un qui gardait beaucoup de rectitude dans sa pensée, c’est mon cas, puisque je n’ai pas changé d’idée pendant ma carrière sur un certain nombre de sujets, ne peut pas déraper. Comment peut-on déraper en ligne droite ? Non, évidemment pas, je suis cohérent avec moi-même, et puis ce sont des idées qui sont totalement acceptables, dans la mesure où, comme vous le savez, la justice ne les a pas condamnées. Par là même je ne dérape pas. Je suis cohérent.

Paysan breton : L’on retrouve d’ailleurs là la tonalité de la lettre que vous aviez écrite à Benjamin Lancar.

Christian Vanneste : Tout à fait, enfin lui, c’est une aberration… Alors, je vais vous dire, ce garçon a commis une énormité en disant ceci : « le mariage homosexuel ne nous fera pas perdre une seule voix ». Même s’il a raison, le simple fait de poser le problème en termes de marché électoral montre que c’est quelqu’un qui n’a aucune espèce de valeur. Il fait sa petite carrière, sur son petit marché… Et c’est le représentant des jeunes UMP… franchement… Moi, je serais un jeune UMP, je serais honteux d’avoir ça comme président. Ça… En plus, il se permet d’intervenir dans Têtu, c’est-à-dire un organe qui appartient à un adversaire très ferme de la droite, qui s’appelle Pierre Bergé, un organe de promotion de l’homosexualité pas très ragoûtant. C’est en plus passé sur des sites pornographiques, ce qui est merveilleux… Je serais très fier d’avoir ce type-là à ma tête, hein ! En plus, il défend le mariage homosexuel, alors que nous avions voté contre, puisque le député Bloche avait fait une proposition de loi en ce sens… Il défendait aussi les mères porteuses pour les couples gays, l’assistance médicale à la procréation pour les lesbiennes… Nous avions voté contre, lors de la loi sur la bioéthique, et il se permet de dire « Vanneste n’a pas sa place chez nous » ! « Chez-nous » ! Vous vous rendez compte à quel point ce type est stupide, alors que moi j’étais UJP en 1968, que je suis chez moi depuis très longtemps, et que je ne comprends pas ce que cet individu peut y faire, voilà.

Paysan breton : Je vais maintenant vous poser une avant dernière question, le temps court : sur la question des signes religieux ostentatoires. L’année dernière, vous étiez un des grands promoteurs de la loi sur la burqa. Beaucoup ont peur de dérives, de stigmatisations, on retrouve là les « stigmatisocrates », finalement. Mais quand on y réfléchit, n’y a-t-il pas un risque, en pointant du doigt un comportement vestimentaire, d’étendre l’interdit sur d’autres vêtements, comme la soutane, les vêtements religieux en général…

Christian Vanneste : C’est déjà le cas : dans les établissements scolaires, ça n’est plus possible.

Paysan breton : Mais disons, dans le cadre d’une laïcité apaisée, cela nous rattache à ce que nous disions, ne serait-il pas préférable de ne pas rajouter un texte qui risque de raviver les débats ?

Christian Vanneste : Si vous voulez, sur cette question, j’ai pris une position très équilibrée, puisque je n’ai pas voté la loi sur l’interdiction du voile à l’école. Je n’ai jamais été hostile au fait qu’il y ait des signes religieux ostentatoires à l’école. J’ai proposé, et ça revient en ce moment, quelque chose qui permettrait de régler le problème, le port de l’uniforme. Si tout le monde avait le même uniforme, ce serait préférable. Je suis allé au Liban au mois de Juin, à la grande université maronite, et je suis intervenu devant des classes de 1re du lycée des frères des écoles chrétiennes près de Beyrouth. Les gosses sont remarquables, très vifs. Il y a des musulmans parmi eux, mais on ne les voit pas, ils sont tous en uniforme. Ils sont extrêmement ouverts. J’estimais qu’il était plus gênant qu’une fille vienne avec une tenue un peu trop légère, je disais, pour, être cru, le « ventre à l’air », qu’avec un voile. Le voile ne m’a jamais gêné pour enseigner. En revanche, la burqa, c’était uniquement sur le plan de la sécurité. Parce que j’estime que quelqu’un n’a pas à être à visage couvert sur la voie publique. J’avais appelé ça, pour amuser la galerie, « la proposition Haddock », puisque le célèbre capitaine en porte une dans Coke en stock, voilà.

Paysan breton : Notre dernière question, à présent : Quel rôle peut avoir aujourd’hui le christianisme dans une république laïque. L’on voit éclore l’islamisme politique dans tout le monde arabe. Est-il possible, dans l’ancien occident chrétien, de voir des partis se réclamant du christianisme jouer un rôle dans la politique.

Christian Vanneste : Si vous voulez, les gens ont malheureusement appris à se méfier du mot « chrétien », à le considérer avec une sorte de peur, alors que jamais on n’en a eu le plus besoin. Moi qui suis un grand lecteur de Maritain. Je ne suis pas démocrate-chrétien au sens étiqueté, mais ma philosophie est démocrate-chrétienne. Je ne suis pas un démocrate-chrétien centriste… Je suis un démocrate-chrétien de droite. En Allemagne, je serais plutôt CSU… J’estime que la démocratie, c’est avant tout le fait qu’il y a une limite en haut, c’est-à-dire que le gouvernement, le pouvoir législateur, obéisse à une loi naturelle. Ensuite, l’objectif de la politique, c’est le bien commun. Enfin, pour réaliser ce bien commun, il y a un certain nombre de règles éthiques à respecter dans le fonctionnement de l’Etat. Ce sont des idées qui sont parfaitement conformes à ce que la plupart des gens souhaitent aujourd’hui, y compris nos adversaires, mais ils ne le disent pas. Si vous lisez l’Homme et l’Etat de Maritain, vous vous dites que c’est ce qu’il faut à une société moderne. Les encycliques des papes sont également des trésors, de ce point de vue : Ils sont tout à fait en phase avec l’actualité. Quand vous lisez Jean-Paul II ou Benoît XVI, vous trouvez des choses tout à fait admirables sur l’idée que l’on peut se faire du bon gouvernement.

Paysan breton : Je vous remercie, monsieur le député, d’avoir accepté de répondre à nos questions.

1er décembre 2011 Jean Herbottin

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Le Rouge & le Noir est un site internet d’information, de réflexion et d’analyse. Son identité est fondamentalement catholique. Il n’est point la voix officielle de l’Église, ni même un représentant de l’Église ou de son clergé. Les auteurs n’engagent que leur propre conscience. En revanche, cette gazette-en-ligne se veut dans l’Église. Son universalité ne se dément point car elle admet en son sein les diverses « tendances » qui sont en communion avec l’évêque de Rome : depuis les modérés de La Croix jusqu’aux traditionalistes intransigeants.

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