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L’Église notre mère est une bonne maîtresse, aussi nous invite-t-elle dans le temps de l’Avent de nous préparer à contempler le mystère de l’Incarnation que nous fêtons chaque année à Noël. C’est la raison pour laquelle la liturgie de ce temps est pour nous chrétiens, un véritable trésor inestimable pourtant méconnu, aussi bien en ce qui concerne le propre du sacrifice de la Sainte Messe, que le propre de l’Office Divin et plus particulièrement dans la dernière semaine avant la solennité de Noël où la liturgie de l’Église nous invite à honorer tout spécialement le Christ Notre-Seigneur dans sa gloire et sa grandeur, O Sapientia, O Adonaï, O Radix Jesse, O Clavis David, O Oriens, O Rex Gentium, O Emmanuel !
Tels sont les interjections de l’âme lancées au Rédempteur du Monde contenues dans les grandes antiennes « O » du Magnificat à Vêpres du 17 au 23 décembre, cri de l’âme empli de mystère et de profondeur à l’image de la solennité de Noël et faisant écho au psalmiste dans sa prière « Ad te levávi ánimam meam : Deus meus, in te confíde, non erubéscam : neque irrídeant me inimíci mei : étenim univérsi, qui te exspéctant, non confundéntur. », Vers vous j’élève mon âme, ô mon Dieu ! En vous ma confiance : que je n’aie pas à en rougir et que mes ennemis ne puissent pas se moquer de moi car ceux qui comptent sur votre venue ne seront pas déçus. Ps. 24,1-3.
O sagesse, tu ordonnes toutes choses avec force et suavité.
Les sept derniers jours avant Noël sont marqués par des antiennes particulières appelées antiennes O. Ce sont des antiennes de Magnificat qui commencent toutes par l’apostrophe O, d’où leur nom. Elles n’ont pas seulement la même mélodie, elles sont en sus construites sur le même plan :
1) On invoque le Seigneur qui va venir, tantôt en le désignant par un symbole, tantôt par un titre, par exemple : « O sagesse, ô Racine de Jessé ».
2) Ce symbole ou ce titre est ensuite développé dans une phrase relative.
3) Le point culminant de la phrase est la supplication instante : « veni », viens, qui est suivie de la demande de Rédemption. Ces antiennes majestueuses qui sont chantées selon le rite double (en entier même avant le Magnificat) sont comme le résumé de toutes les prophéties faites sur le Sauveur. La mélodie de ces chants respire l’admiration et le désir ardent. On y entend l’ardente imploration de l’Ancien Testament et du monde païen vers le Rédempteur, elles sont le « Rorate cæli » de l’humanité. Il y a dans ces sept chants une progression de pensée. Nous voyons d’abord le Fils de Dieu dans sa vie éternelle, avant les temps, puis dans l’Ancienne Alliance, ensuite dans la nature, enfin nous Le voyons comme Rédempteur des païens, comme « Dieu avec nous ».
La solennité particulière de ces antiennes résulte des prescriptions de l’Église qui veut qu’elles soient chantées entièrement avant et après Magnificat (ce qui n’a lieu d’ordinaire que pour les fêtes doubles et ne se fait pas aux féries et aux dimanches). Dans les abbayes qui ont l’Office choral solennel, des usages particuliers accompagnent le chant des antiennes O. La première est entonnée par l’Abbé, au trône, en habits pontificaux, pendant que l’on sonne la grosse cloche. La cloche continue de sonner pendant tout le Magnificat chanté sur le mode le plus solennel. Les autres antiennes sont entonnées successivement par les plus dignes après l’abbé, revêtus de la chape et debout au milieu du chœur, devant le grand pupitre. Les fidèles pourraient, pendant ces sept jours, unir chaque soir le chant de ces antiennes à celui du Magnificat. On pourrait même, d’après les usages de l’ancienne Église, intercaler l’antienne entre chaque verset du Magnificat.
O Sagesse, qui êtes sortie de la bouche du Très-Haut, atteignant d’une extrémité à une autre extrémité, et disposant toutes choses avec force et douceur : venez pour nous enseigner la voie de la prudence.
C’est la vie du Fils de Dieu avant les temps et sa manifestation dans la création. La création est une image du royaume de la grâce dans lequel le Sauveur « dirige nos âmes avec force et suavité. »
O Adonaï, et Conducteur de la maison d’Israël, qui êtes apparu à Moïse dans le feu du buisson ardent, et lui avez donné la loi sur le Sinaï : venez pour nous racheter par la puissance de votre bras.
La seconde personne de la Sainte Trinité eut une part active à la création et c’est ce que chante la première antienne. Nous la voyons maintenant parcourir le royaume de Dieu de l’Ancien Testament. Le Christ était le « Dieu de l’alliance » du peuple élu. Il a conclu alliance avec Noé, Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, Il a été le guide d’Israël à travers l’histoire. L’antienne, laissant de côté les autres manifestations divines, n’en rappelle que deux : le buisson ardent et la loi sur le Sinaï. Ce sont, en même temps, deux figures de la lumière de Noël qui vient. La prière fait allusion à la délivrance de l’Égypte qui est une image de notre délivrance du joug du démon.
O Racine de Jessé, qui êtes comme l’étendard des peuples, devant qui les rois fermeront leur bouche, et dont les Nations imploreront le secours : venez nous délivrer, maintenant ne tardez plus.
Viens, délivre-nous, ne tarde plus.
Le Messie circule à travers l’histoire des rois de Juda. Les victoires d’un David sur les peuples symbolisent Sa victoire libératrice sur le Golgotha et dans chacune de nos âmes. L’antienne s’inspire des deux passages d’Isaïe sur la racine de Jessé : a) le rameau (Marie) et la fleur (le Christ). La Vierge mettra au monde le Messie attendu ; le rameau devient un arbre de vie et un signe pour les peuples. Le petit Roi étend déjà les bras pour attirer tout le monde à Lui quand Il sera sur la Croix. Les rois lèvent les yeux et contemplent ce signe avec étonnement et silence.
O Clef de David, et sceptre de la maison d’Israël ; qui ouvrez, et nul ne peut fermer ; qui fermez, et nul ne peut ouvrir : venez, et tirez de la prison le captif qui est assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort.
Les Juifs appelaient bouclier ou clef de David l’hexagone. C’était pour eux le symbole de Dieu et de Son saint Nom. Ils y voyaient le signe du Messie à venir (étoile de Balaam, étoile des Mages). Le Christ est la « clef de David », car c’est Lui qui donne le sens de tous les mystères et de toutes les figures de l’Ancien Testament.
Aujourd’hui l’Église fait entendre deux chants qui ont une importance particulière pour la préparation de Noël :
L’antienne chantée au lever du soleil est un cri de joie de l’Église :
Antienne au Benedictus : Ne craignez pas, car notre Seigneur viendra à vous le cinquième jour.
A Vêpres nous chantons la cinquième antienne O :
O Orient, splendeur de la lumière éternelle, et soleil de justice : venez et éclairez ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort.
De l’histoire du salut, nous passons au monde naturel. Là aussi le Sauveur S’est créé un symbole, le soleil : c’est le symbole préféré de l’Écriture et de la liturgie. Dans cette antienne, le cycle de Noël est caractérisé de la façon la plus heureuse. D’une part, l’humanité est représentée assise dans les ténèbres et à l’ombre de la mort ; d’autre part, perçant les nuages apparaît le soleil rédempteur. Deux prophètes du même nom, les deux Zacharie, annoncent le Rédempteur comme un soleil levant : « Voici un homme : Orient est son nom » (Zach. VI, 12), « par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu il nous visite, le soleil qui se lève d’en-haut » (Luc. 1, 78).
O Roi des Nations, et objet de leurs désirs, Pierre angulaire, qui réunissez en vous les deux peuples : venez et sauvez l’homme, que vous avez formé du limon.
L’action du Christ s’est étendue même au monde païen. Aux meilleurs du paganisme Il a inspiré le désir de sa venue. Maintenant le mur de séparation doit tomber.
Maintenant tout va s’accomplir, le jour qui précède la vigile de Noël nous offre deux chants précieux de l’Avent.
Certitude joyeuse. — Au lever du soleil, l’Église chante, comme dans un soupir de joie après une longue attente :
Antienne au Benedictus : Voici que sont accomplies toutes les choses que l’Ange a dites de la Vierge Marie.
Là aussi, nous avons un trait merveilleux de notre liturgie. Après les jours d’attente anxieuse, la calme certitude de l’accomplissement pénètre dans l’âme.
La dernière antienne O est chantée à Vêpres :
O Emmanuel, notre Roi et notre Législateur, Attente des Nations et leur Sauveur : venez nous sauver, Seigneur notre Dieu.
Dans le peuple de Dieu, parmi les Gentils, dans la nature, Il S’est manifesté et annoncé, maintenant Il vient et Il reste avec nous comme Emmanuel. Le divin Roi nouveau-né, dans sa crèche, est l’attente des peuples mais aussi l’accomplissement des prophéties. La nuit prochaine nous apportera l’Emmanuel notre Roi et notre législateur.
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